20 juin 09
Nous retrouvons Sergio dans notre backpackers… lui à 26 ans, vit à Vilanculos, vend également des souvenirs pour touristes. Il est heureux de pouvoir parler d’autre chose que de prix avec des touristes. Il ne semble pas attacher de l’importance au fait qu’on lui achète quelque chose. Il parle, beaucoup, comme si on lui avait enlevé cette capacité depuis des années. Il fait des sculptures sur bois d’Eben (j’ai un petit doute sur le type de bois…) et ses réalisations sont plutôt réussies. Il lui faut deux jours en moyenne pour faire une sculpture. En fait, il aimerait bien faire autre chose que ce boulot qu’il trouve sans grand intérêt. Il est très difficile de trouver un travail dans le coin. Il a un bon niveau d’étude mais il ne peut pas faire d’études supérieures pour être médecin, professeur ou autres… il n’a pas les moyens de se payer ces formations destinées aux enfants riches. Son rêve serait d’être professeur. Partir vers la capitale n’est pas vraiment une solution : beaucoup trop de monde se dirige vers Maputo pour trouver un job. L’Afrique du Sud pourquoi pas… Il est gentil et c’est un plaisir de l’écouter. Lorsqu’on lui demande son âge, il nous le donne puis sourit. Il pense que peu de gens le croit car il est petit (il doit faire 1,65m) et fin. Ses parents sont petits aussi (moins de 1,60m) mais imposants. Il a le souvenir de son père, avant qu’il ne décède, comme étant une vraie masse !
Aujourd’hui, c’est le premier jour de l’hiver. Cela fait quinze mois que nous n’avions pas connu cette saison. Et si l’hiver chez nous pouvait ressembler à ça, nous ne voudrions pas des autres saisons. Le ciel est bleu azur, il fait chaud sans que ce soit étouffant (28°C) et les cocotiers se chargent d’apporter la touche de verdure.
Nous sortons et sommes de suite immergés dans le village. Nous sommes au beau milieu du « quartier pauvre » de Vilanculos. Les déchets jonchent le sol sablonneux et les huttes sont éparpillées au milieu des palmiers. Les femmes préparent à manger à même le sol avec un téléphone portable à l’oreille… Les hommes eux sont partis pêcher. Les enfants nous accueillent avec des « Helllllloooooooo » chantants, ils n’ont pas plus d’un an pour certains. Ils jouent avec tout ce qui peut servir de jouet. Il faut avouer qu’ils sont très ingénieux pour faire du recyclage : avec deux cannettes de coca et du fil de fer, ils fabriquent une voiture (les roues en cannette) qui roule parfaitement. Quand au ballon de football, ils arrivent avec un mélange de plastique, de ficelle et de papier à faire un ballon bien rond mais surtout qui rebondit…incroyable ! Nous avons beaucoup plus de contacts avec les enfants et les jeunes de notre âge car cette génération a appris l’anglais à l’école. Au point que, dans certains commerces, la patronne ou le patron appelle leur fiston pour servir de traducteur. La plupart ne comprend pas l’espagnol voire le portugais, pourtant langue officielle. Les dialectes prédominent dans ces régions. Et l’alphabétisation est officiellement de 30% (certainement bien moins).
Nous marchons dans ces ruelles sablonneuses sans savoir vraiment où l’on va. Le regard amusé des autochtones nous fait comprendre que nous passons chez eux… pas facile de retrouver le chemin principal. Nous tombons sur le mercado central : il est tout petit mais on y trouve des fruits et légumes. Nous cherchons une sorte de supermarché pour refaire nos stocks en particulier en eau. On nous en indique un qui se situe à trois kilomètres. Nous y allons et découvrons une superette très inégalement approvisionnée. Il y a tous les sodas possibles mais pas d’eau ! Cela fait maintenant deux heures que nous cherchons désespérément de l’eau et « la boutique » de la station Total (aucune ressemblance possible avec celle de chez nous) en chemin nous apportera un début de solution. Hors de prix mais cette bouteille dépanne pour la journée. Nous finissons par tomber dans un hangar de vente en gros de boissons. Il nous propose un carton de douze bouteilles. Il reste un bon kilomètre à parcourir mais nous n’hésitons pas et ramenons ce précieux trésor à la maison.
Le soir, nous retrouvons Sergio. Il est toujours aussi bavard. Il aimerait tellement apprendre le français… nous sautons sur l’occasion. Nous lui apprenons la prononciation de l’alphabet et lui prêtons notre seul livre, le guide de conversation Français/Anglais. On lui donne rendez vous le soir s’il le souhaite pour des cours particuliers ! Il est fou de joie et repart avec le bouquin comme s’il tenait un précieux sésame entre les mains.
Il fait encore un temps magnifique pour cette nouvelle journée. Nous prenons notre petit déjeuner face à l’océan sur notre terrasse. A l’ombre des palmiers et des hibiscus, seule une bande de sable nous sépare de la mer azur. C’est le grand luxe à un prix dérisoire. Nous allons rester une dizaine de jours dans le coin, sorte de repos sous les cocotiers, avant de remonter vers la Tanzanie.
Nous allons voir le club de plongée voisin. C’est Sabrina, une française, qui nous reçoit. Elle s’est installée avec Denis il y a deux ans ici en rachetant ce club. Ils se sont connus tous les deux en voyage durant leur année sabbatique. Le retour en France a été difficile (la vie parisienne…) et il ne leur a pas fallu longtemps pour avoir envie de s’installer au bout du monde. Ils arrivent à vivre tout juste de leur business mais c’est certainement le principal pour eux. Ils pensent rester encore trois ou quatre ans avant de repartir bourlinguer sûrement du côté de l’Amérique du sud. Nous reviendrons les voir plus tard pour faire une journée de plongée et de snorkeling au large de Bazaruto…
Nous rejoignons la plage à quelques mètres. Nous sommes à marrée basse et la mer s’est retirée de plusieurs centaines de mètres, laissant place à une succession de bancs de sable et de canaux aux eaux cristallines. Au large, des îles se détachent dont la célèbre Bazaruto. Un jour, Nicolas Hulot (encore lui !) est passé par là. C’était à l’époque d’Ushuaia, il avait survolé l’archipel. Les images étaient fascinantes de beauté : des bancs de sables laissant la mer se dégrader en tons de bleu et vert paradis, des îles dont les dunes blanches s’élevaient dans un ciel azur, quelques touffes de végétation et enfin les coraux qui teintaient les fonds sous marin de couleurs éclatantes…Un souvenir télévisuel gravé dans ma mémoire et la réalité ne déçoit pas. Il faut juste se détacher du cliché « carte postale » véhiculé par les Seychelles ou Bora Bora (que nous ne renions pas), aucune comparaison possible. Ici, la baie est immense, ambitieuse, sauvage, impressionnante…unique en son genre. Des dhows (barque de pêche locale avec leur voile triangulaire) par centaine complètent à merveille ce décor.
Nous nous installons pour contempler le spectacle du jour. Durant deux heures, la marée va grignoter un à un les multiples bancs de sable, leur donnant des courbures des plus esthétiques. Le soleil rasant d’hiver colore l’océan de mille nuances. Au loin, les pêcheurs « à pied » commencent à revenir, l’eau jusqu’aux genoux, à travers des passages que eux seuls connaissent. Ils sont suivis de près par les dhows. L’un d’eux débarque avec à son bord un équipage de six hommes. Ils sont heureux. La pêche a été bonne. Ils sont restés cinq jours en mer nous disent ils.
C’est tous les jours le même spectacle pour nous et leur quotidien pour eux. Les dhows partent tôt le matin (voire de nuit) au large, la plupart pour la journée. Les femmes et les hommes qui n’ont pas la chance de posséder un bateau (et qui ne savent pas nager) attendent eux la marée basse pour partir à la pêche sur les bancs de sable. Lorsqu’ils peuvent passer avec de l’eau à la taille, nous les voyons débarquer sur la plage de toute part et se diriger vers le lieu qu’ils affectionnent. Les femmes pêchent le crabe dans les canaux, et en particulier là où le crabe vit c'est-à-dire dans les algues. Les hommes vont un peu plus loin pour pêcher à la ligne (sans canne à pêche, le fil de nylon entre les mains) ou pour dénicher des fruits de mer avec des techniques qui nous sont totalement étrangères. Lorsque la marée remonte (vite), ils reviennent sur la plage pour vendre une partie de leur butin avant de se diriger vers le marché. Lorsque les bancs de sable sont recouverts, les dizaines de dhows pointent à l’horizon, ils donnent l’impression de régater. Et quand le premier approche de la côte, l’agitation se fait sentir et les nombreuses femmes, avec une bassine sur la tête, essayent de se positionner au mieux pour réceptionner la pêche miraculeuse. Il n’a pas touché la côte, elles sont déjà toutes autour du bateau pour marchander. Un autre à gauche approche, c’est la même ruée, avec pratiquement les mêmes. Et ainsi de suite pendant une petite heure. Avant que tout le monde se disperse à l’intérieur des terres vers leurs huttes respectives. Parfois, nous nous installons en terrasse du restaurant qui surplombe ce moment de vie mais aussi la baie et ses couleurs fascinantes, changeantes, pour déguster des calamars ou des crevettes au curry. La lenteur du service (une heure et demie entre la commande et le plat, sans compter que nous sommes souvent les seuls clients) s’accommode parfaitement à notre rythme de vie ici.
Nous avons trouvé Notre paradis. Nous avons d’abord longé la plage vers le sud sur les « bons » conseils du « Petit futé ». Il parle d’un coin paradisiaque à cinq kilomètres. Au final, la balade qui passe une mangrove est bien plus intéressante que l’objectif qui est joli sans être incroyable…encore un guide qui ne s’est pas déplacé pour vérifier les informations. Mais nos yeux sont tournés vers ces bancs de sable qui paraissent inaccessibles, les bras de l’océan semblant formés un rempart de part le fort courant des marées. Et pourtant, nous voyons tous les jours des pêcheurs au loin qui les parcourent. Nous décidons un matin de passer en suivant l’un d’eux. Deux bonnes heures avant la marée basse, les premiers débarquent et se dirigent vers un point bien précis. Nous les observons. Ils ont de l’eau jusqu’à la taille et ils sont au milieu du bras, le reste n’est qu’une formalité apparente pour eux. Nous partons avec un petit sac à dos et l’appareil photo bien protégé. Il nous faut une petite demi-heure pour passer nous aussi sous le regard étonné des pêcheurs. Nos pieds ont un peu souffert, notre chemin se perdait un peu trop dans les algues. Nous n’avons pas encore le chemin parfait mais nous allons nous améliorer au fil du temps pour finir pas suivre parfaitement le labyrinthe des bancs de sable sous marin qui permettent de passer au plus tôt et de revenir au plus tard. Une fois sur le banc de sable, nous nous émerveillons chaque seconde de ce que la nature nous offre. Par là, des piscines naturelles bleu turquoise où la mer s’est fait piéger. De ce côté, la pente douce du banc de sable blanc permet au bras de mer de se colorer petit à petit du bleu transparent au vert émeraude. Au bout du banc, la sensation d’être sur une île déserte entourée de son lagon est décuplée. Nous ne regrettons pas d’avoir pris l’appareil photo…le seul souci est cette envie de tout immortaliser ! Le banc de sable doit bien faire un kilomètre de long sur trois cents mètres de large à marée basse. Nous sommes seuls avec quelques pêcheurs au loin dans l’eau. Et quasiment tous les jours nous y retournons. Parfois pour pique niquer et ramasser quelques coquillages remarquables, souvent pour flâner et s’imprégner. Dès le premier jour, nous explorons tout le banc de sable à la recherche de « la perle ». Et nous trouvons un coin qui restera gravé à tout jamais dans notre mémoire. A cet endroit et uniquement lors des grandes marées, l’océan indien et le sable s’entremêlent au gré de la marée. De multiples bancs de sable très étroits partent en direction de l’océan en se tortillant depuis le banc principal. Ils semblent ne jamais vouloir disparaître jusqu’à l’horizon. Ils affleurent sous l’eau formant un immense dédale sous marin. Ce qui est remarquable et unique dans ce paysage marin, c’est le changement permanent du décor guidé par la marée évidemment mais le vent également. En l’absence d’Eole, la dominante est bleue et plus le vent forcit plus l’eau se pare de vert émeraude. La marée vient atténuer ses couleurs en fonction de son recul. Le tout dans une eau parfaitement translucide. A marée basse, c’est une multitude de piscines naturelles qui se découvrent, une invitation à la baignade qu’on ne peut refuser. Nous contemplons dans le plus grand des silences, subjugués. Nous avons trouvé Notre paradis.
Nous allons avoir beaucoup de mal à quitter le Mozambique. En particulier Vilanculos. Nous commençons à nous sentir chez nous et prenons certaines habitudes. Par exemple, nous allons acheter tous les deux jours des crabes aux pêcheurs sur la plage. Ce sont d’ailleurs généralement les femmes qui les pêchent et les mettent dans un tissu sur leur tête. Nous en prenons cinq ou six gros. Cela doit faire un kilogramme de crabes pour… cinquante centimes d’euros et encore nous le payons volontairement le double. Nous les cuisinons le soir. Ils passent eux aussi du bleu au rouge en très peu de temps ! Nous les décortiquons (une bonne heure) puis nous les faisons revenir avec un peu de vinaigre balsamique (presque du gâchis, un curry serait bien meilleur), le tout accompagné d’un petit riz, un diner succulent.
Autant, nous acceptons de donner un peu plus aux pêcheurs pour leur difficile labeur, autant nous nous refusons toujours de donner quoique ce soit aux enfants. Ils sont souvent adorables avec leur bonjour chantant et leur sourire. Seulement, ils peuvent devenir très collants voire moqueurs et agressifs pour certains. Un groupe de quatre enfants nous rejoint alors que nous nous dirigeons vers un restaurant. Après les mondanités d’usage auxquelles nous nous prêtons avec plaisir (vous venez d’où, vous vous appelez comment, vous faites quoi ici…), ils prennent un air plus sérieux et demandent de l’argent car ils ont faim. C’est un moment toujours difficile pour nous mais j’imagine bien plus dur pour eux en me mettant à leur place. Nous refusons. Nous rentrons dans le restaurant et ils s’installent en face de notre table, assis tous les quatre. Notre cœur nous pousse à stopper ce spectacle insupportable d’enfants qui supplient de leur donner à manger pendant que nous dégustons notre repas. Mais il faut résister. Et lorsque nous repartons, ils nous suivent. Je leur dis qu’ils perdent leur temps et qu’ils n’obtiendront rien de nous et pour une fois je leur explique pour quelles raisons. Sur le moment, j’ai l’impression qu’ils comprennent mais ils se ravisent. Nous ne pouvons pas leur en vouloir, nous ferions exactement la même chose à leur place et je crois que je serais remonté contre ces touristes qui ne me donnent rien alors qu’ils ont tout. Si en plus, ils osent me donner leurs raisons « occidentales »… Mais c’est comme ça, nous ne changerons pas pour eux même si nous nous gardons de juger ces enfants et leurs méthodes. Nous n’avons pas soulagé notre conscience, nous devons vivre avec ça au fond du cœur pour ne jamais les oublier. A ce jour, notre contribution à la vie locale est faible avec nos 70€ dépensés par jour, mais peut être un jour futur…
C’est formidable de penser que l’océan puisse faire vivre tout un village. Ici, la très grande majorité des autochtones ont une activité qui touche de près ou de loin à la mer. Même le tourisme est tourné vers les eaux. Au hasard d’une promenade, nous apercevons un homme afféré autour d’un bateau échoué. La coque est éventrée à plusieurs endroits. Nous lui faisons de loin un « Bommm diiiaaaaa » et il nous répond de suite avec la même chaleur. C’est le signal. En effet, nous nous sommes aperçus au fil des mois que nous pouvons nous fier à la manière dont une personne nous dit bonjour pour savoir s’il est possible ou pas de discuter un peu avec elle. Nous nous rapprochons de lui et il s’arrête de travailler. Bobby retape ce bateau pour une entreprise de pêche, ce n’est pas le sien. Il nous explique comment il procède avec ces outils du siècle dernier (un marteau, une règle, un compas). Les planches doivent être découpées au centimètre près suivant la courbure aléatoire de la planche sur laquelle elle se joint. Pour ensuite que le joint réalisé avec du chanvre et une sorte de pâte à bois puisse tenir. Lorsqu’il nous demande ce que nous faisons dans la vie, nos jobs parisiens nous paraissent d’un coup venus d’une autre planète. Peut être qu’il aimerait bien échanger mais nous, nous trouvons le sien très gratifiant, nous ne voyons pas l’envers du décor. Quel bonheur on doit éprouver lorsque l’on remet à flot le bateau, indispensable à la survie de ce village. Il nous explique aussi qu’il y a encore trois ans, Vilanculos était miné par la violence et la criminalité. Le tourisme a permis d’assagir la population. Il et si gentil, on pourrait discuter des heures avec lui mais nous ne voulons pas le retarder dans son travail et nous le remercions chaleureusement. Il fait de même, il semble tout aussi touché par cette rencontre.
C’est une aventure de trouver des cartes postales au Mozambique. On nous indique un hôtel au bout du village où nous pourrons en trouver quelques unes. Le village s’étend sur cinq bons kilomètres le long du rivage. En chemin, nous tombons sur un mariage. Les mariés rejoignent la plage suivis de près par les invités qui chantent en tapant des mains. Ils sont vêtus de leurs plus beaux habits, plutôt colorés. Nous sommes en maillot et tee-shirt. Nous nous écartons pour ne pas les déranger et restons là à observer ce spectacle. La mariée se débrouille plutôt pas mal sur le sol rocheux et sablonneux avec ses hauts talons. Les invités entonnent régulièrement une nouvelle chanson en prenant soin de bien la rythmer avec leurs mains. C’est joyeux. La mère de l’un des deux mariés est à l’image de ce qu’on peut imaginer d’une mama mozambicaine : elle est plutôt forte dans sa robe de toutes les couleurs qui n’irait à personne sauf à elle et surtout elle rit aux éclats tout le temps. Difficile de s’ennuyer avec elle à première vue. Deux hommes se rapprochent de nous et l’un d’eux me demande si je veux faire une photo avec lui. Je suis étonné, il est plutôt bien habillé et moi avec mon maillot rouge et tee-shirt beige quechua, je ne pense pas lui offrir un souvenir inoubliable. Mais il insiste et nous posons dos à la mer, chacun le bras autour du cou de l’autre pendant que son frère immortalise cet instant improbable. Nous ne nous connaissions pas il y a dix secondes et je suis certain que sur la photo nous donnons l’impression d’être les meilleurs potes du monde. J’adore l’absence de pudeur des africains et cette chaleur si naturelle.
Nous trouvons enfin les cartes postales… des photos prises avec un appareil dont on devait se servir entre les deux guerres. Le papier à la consistance d’une photo avec un peu de papier cartonné ajouté au dos… Ils vont être contents les cinq bénéficiaires de la bicyclette en bord de mer. En même temps, on n’en trouve pas ailleurs qu’au Mozambique des cartes comme celles là !
Nous repartons par la plage et tombons sur un tableau de vie. Nous sommes en fin de journée, le ciel est grisonnant pour la première fois depuis deux semaines. Côté mer, les dhows au loin reviennent de la pêche et à quelques dizaines de mètres du rivage un bateau semble superviser on ne sait quoi. Côté plage, des petits groupes de personnes discutent en cercle. Il y a aussi ces hommes et femmes qui marchent en arrière, de la mer vers la plage : ils sont adossés à un bout de bois enlacé dans les cordes d’un filet géant qu’ils tirent, pas à pas, vers le rivage. Il doit y a voir quatre cordes tirées chacune par une dizaine de personnes, chacune des cordes étant séparée d’une bonne vingtaine de mètres. C’est impressionnant et réellement ingénieux. Ils mettront une bonne heure à sortir complètement le filet de l’eau. Pour parfaire ce tableau, un groupe joue au football plus haut dans le sable mou. Nous nous asseyons pour les regarder jouer : ils sont une grosse dizaine, des hommes mais aussi des femmes et des enfants. Nous sommes installés depuis moins d’une minute lorsque l’un d’eux nous propose de se joindre à eux. J’accepte avec plaisir. Ils m’accueillent tous avec des sourires, le jeu reprend. Le sable est mou et ça court dans tous les sens. Le souffle se fait très vite court puis il finit par s’habituer. Entre deux actions, je fais la connaissance de Mario et de sa girlfriend. Ils sont intrigués par le fait que nous passions autant de temps à Vilanculos. D’habitude, les touristes restent deux ou trois jours. Je leur explique que nous avons la chance d’avoir du temps et que leur village est un appel au long séjour. D’abord brouillon avec ce ballon à moitié dégonflé qui se bloque dans le moindre trou de sable, je finis par mettre un but plutôt chanceux en dribblant un joueur puis en marquant du gauche entre les jambes du gardien. Ils m’applaudissent tous et j’entends certain dire « du gauche ! »… Daniel, du haut de ses huit ans vient me voir et me présente ses deux mains pour me féliciter, je tape dedans et lui caresse la tête amicalement. Il ne me lâchera plus, on est copain. Il me cherche du regard dès qu’il a le ballon pour me le donner même si je suis entouré pas quatre joueurs adverses… Je le félicite dès que je peux, il est aux anges. Je m’arrête parfois de courir dans tous les sens pour profiter et me dire que nous avons beaucoup de chance de vivre des moments comme ceux là. Cela fait un peu moins d’une heure que nous jouons et sur une action, je sens un de mes doigts de pied gauche se tendre lors d’un tacle adverse. C’est le doigt du milieu qui est légèrement foulé. Je préfère arrêter là, le kili approche à grands pas. Je remercie tout le monde, spécialement Daniel. Le soir, le doigt est passé au rouge-bleu et a bien gonflé mais j’espère que ce n’est pas très grave. Pour le moment, je peux marcher avec une légère douleur donc tout va bien. Je suis juste interdit de stade pendant les dix prochains jours par les « hautes autorités »…
Ce matin, nous nous levons un peu plus tôt pour plonger au large de l’archipel de Bazaruto. Nous retournons voir Sabrina et Denis. Nous partons avec deux américains et trois allemands dans le zodiac. Il fait un grand ciel bleu mais la mer est agitée. Après une petite heure de traversée, nous rejoignons « two miles reef » sur une mer formée. Le zodiac n’est pas vraiment conçu pour affronter des creux de trois à quatre mètres mais le pilote mozambicain est un as, ce qui n’empêche pas quelques frayeurs. Une heure plus tard, nous rejoignons le zodiac et le moins que l’on puisse dire est que ce n’était pas la plongée du siècle. Après avoir effectué notre plus belle plongée à Tofo, nous rangerons celle là dans la moins sympa. Nous avons quand même vu de nombreux poissons tropicaux, une tortue géante et une murène en mouvement mais la visibilité était de l’ordre de cinq mètres ce qui obscurcit les fonds et fait disparaître les couleurs. Sans compter le mouvement de ressac infligé par les vagues et en prime un instructeur plus intéressé par ses propres photos que par le plaisir de ses plongeurs. Bref, une plongée à oublier. Nous rejoignons l’île de Bazaruto pour le déjeuner. Le vent souffle fort mais l’île est une nouvelle fois paradisiaque. Nous sommes déposés sur une plage de sable fin et au pied d’une dune d’environ 300 mètres de haut. Nous restons le déjeuner et l’après midi, nous déclinons une deuxième plongée. Nous avons le nez creux, la vue du haut de la dune est à couper le souffle. La marée basse fait ressortir de multiples bancs de sable une fois de plus. Les nuances de couleurs sont au rendez-vous. On ne se lasse pas. Côté terre, l’île possède un centre très vert qui abrite également des lacs d’eau douce avec des crocodiles. Pour ceux qui ont un peu d’argent, il existe deux lodges à 200€ la nuit et qui permettent de passer un séjour au paradis, seul au monde. Nous mettons une heure pour revenir, régulièrement rincés par les vagues déchainées.
Le séjour se termine. Nous partons mercredi 1er juillet en direction de Moshi en Tanzanie, au pied du Kilimandjaro. Nous avons prévu d’arriver aux alentours du 7 juillet…
Armelle & Flo
30 juin 2009
Paradis
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