1 juil 09
Il est 3h15 quand le réveil sonne ce matin. Nous prenons le bus de 4h30 qui va de Vilanculos à Chimoio via Inchope. Comme il fait nuit noire, nous sommes escortés par un veilleur de nuit jusqu’au centre du village. Le gars est à moitié endormi et sans arme…on devrait plus parler d’un guide que d’une escorte ! Notre minibus de vingt places nous attend. Déjà l’agitation des voyageurs se fait sentir. Tous veulent que leur carriole pleine de sacs de trois tonnes rentre dans la minuscule remorque du bus. Nous n’arrivons pas à passer entre deux locaux pour y déposer nos sacs. Nous abandonnons l’idée de confier nos deux sacs à dos, nous voyagerons avec dans le bus. En revanche, il n’y a pas plus de place pour eux à l’intérieur. Ils sont placés par terre sous les strapontins, là où tout le monde s’essuie les pieds à chaque passage. Pour notre part, nous sommes placés sur un siège juste au dessus de la roue arrière donc sans place pour les pieds (les genoux sous le menton) et sur un strapontin, les pieds sur nos sacs. Autant dire que ce n’est pas vraiment très confortable. Et ça doit durer cinq heures théoriquement. Nos voisins, le couple d’américains avec lequel on a plongé l’avant veille eux voyagent assis sur et sous leurs sacs. Le mini bus contient trente deux passagers « assis » pour vingt et une places officiellement. Nous partons avec seulement vingt minutes de retard et replongeons rapidement dans un demi-sommeil comateux. La route est à peu près bonne malgré la pluie qui ne cesse de tomber. Nous traversons de nombreux petits villages faits de huttes en palmes de cocotiers. Les enfants sont pieds nus avec des vêtements tous déchirés et n’ont pas eu la chance de prendre un bon bain chaud depuis longtemps. Certains regardent le bus passer en tendant la main espérant que, des fenêtres, quelqu’un leur lance de quoi manger. Nous arrivons à Inchope vers 11h45 (7 heures de trajet au lieu de 5 heures) et nous devons changer de transporteur. Notre bus allant dans la direction de Beira, nous abandonnons nos voisins américains ici. Nous trouvons assez facilement un Chiapas (minibus Volkswagen pour les courtes distances) pour rejoindre Chimoio. Seulement pour partir nous devons attendre que le Chiapas soit plein, c'est-à-dire au moins vingt personnes et trois poulets. Nous faisons la connaissance d’un jeune couple d’américains. Greg et Victoria travaillent à Maputo depuis quelques mois comme géologue et ethnologue. Ils se rendent aussi au Malawi avant de rejoindre le Kenya pour gravir le mont Kenya (se sont des mordus d’escalade). 13h, nous arrivons enfin à Chimoio après huit heures de voyage. Il pleut toujours. Nous prenons tous les quatre une chambre au Pink Papaya backpackers et passons une soirée très agréable à partager nos récits de voyage. 21h30, extinction des feux, demain le réveil sonne à 3h45.
Ce matin rebelote. Nous espérons pouvoir atteindre le Malawi aujourd’hui mais il nous faut déjà arriver à Tété au Mozambique, à 150 kms de la frontière. Notre carrosse (d’une trentaine de places) est avancé et a prévu de partir à 5h. Forts de notre expérience de la veille et chanceux d’avoir deux sièges l’un à côté de l’autre, nous décidons de prendre nos sacs à nos pieds (cela dit aujourd’hui le bus n’a pas de remorque). Nous sommes encore sur la roue et donc toujours sans place pour les pieds. Nous casons, tant bien que mal, un sac par terre et l’on s’assied sur le second. Les deux premières heures de voyage sont loin d’être confortables d’autant que la route est pleine de trous. Au premier arrêt nous réétudions la question. Je m’assieds sur le sac de Flo et lui prend le mien, debout, entre ses jambes. On est un peu mieux. Le trajet est long et je commence à sentir nausées et ballonnements. Sans doute un aliment de la veille qui est mal passé ou une bactérie attrapée au vol. Les arrêts du bus ne sont pas fréquents et au milieu de nulle part, pas de toilette, pas de lavabo. Dans ce genre de voyage on oublie toute pudeur, on fait comme tout le monde, dans les herbes hautes.
Nous arrivons à Tété vers 13h00 et je suis bien victime d’une gastro. Greg et Victoria décident eux aussi de tenter le passage de frontière dans la journée. Nous parvenons à trouver un Chiapas après avoir traversé une bonne partie de la ville. En chemin, nous récupérons Ursula et Orson, un jeune couple d’hollandais. Lui travaille également au Mozambique depuis quelques mois et tous deux ont décidé d’aller passer quelques jours de vacances au Malawi. Nous sommes donc trois couples à partager cette expérience. Après une heure d’attente, nous partons en direction de la frontière. Dans le Chiapas, nous sommes coincés comme des sardines, une demi-fesse repose sur la banquette, mes genoux servent de dossier à la Mama assise devant moi et mes épaules trouvent de la place uniquement quand la fenêtre est ouverte. Les arrêts du combis sont fréquents, il est à la recherche désespérée de carburant. Rien d’inquiétant mais rien de rassurant non plus. Cela permet aux vendeurs ambulants de proposer noix de cajou, sodas, choux et brochettes de souris (certainement met local délicieux). Nous devions en avoir pour deux heures, tout au plus, et c’est finalement après trois bonnes heures que nous arrivons à destination. Il est 17h, la nuit commence à tomber. Nous passons la douane mozambicaine sans problème. Pour atteindre celle du Malawi, nous devons y aller en taxi. C’est en effet un « no man’s land » de sept kilomètres qui sépare les deux pays. Après de grandes négociations avec les chauffeurs, lesquels proposent tous le meilleur voyage, nous nous entassons à sept dans une voiture qui n’a plus l’air d’en être une. Dix minutes plus tard nous sommes côté Malawi. Nous passons la douane, il faut désormais rejoindre Blantyre à une centaine de kilomètres. Les minibus qui partent dans cette direction sont complets. Une discussion entre hommes du pays aboutit à un voyage dans un combi spécialement pour nous. Nous attendons quelques longues minutes ce combi et nous voyons arriver une voiture. Des réactions chaudes ne tardent pas à se manifester. Nous sommes tous fatigués par cette journée interminable et n’avons pas envie de voyager, les genoux dans le menton, pour une heure et demie encore. Nous argumentons, négocions, avant qu’un autre combi arrive. Il veut bien nous prendre au prix initialement négocié mais avec le reste des autres passagers (à savoir déjà quinze personnes). Il est 17h45, il fait nuit noire, le ton monte entre les hommes et les locaux, Ursula craque de fatigue. Nous optons finalement pour la voiture-taxi qui nous mènera directement à l’hôtel. Nous changeons de conducteur en cours de route, sous la vigilance d’Orson et de Flo, Julio finira par nous amener à bon port. 19h45, fin du « Jour le plus long ». Il ne reste plus que des lits en dortoir dans l’hôtel, avec douches communes. Je suis au plus mal mais contente d’avoir des toilettes à proximité. Je fais l’impasse sur le diner et mon Chouchou me borde de bonne heure. Sur ses bons conseils, et fort de sa précédente expérience dans le domaine de gastro (fin de l’Argentine), j’entame une diète hydrique de vingt quatre heures combinée à du Ciflox pour rapidement éliminer ce méchant virus d’autant que nous avons encore de la route à faire et que l’ascension du Kili approche à grands pas. Ce n’est pas le moment de perdre trop de forces.
7h. Nous quittons nos compagnons de voyage ici, à Blantyre. Greg et Victoria rejoignent un ami à Zomba et Ursula et Orson vont à Liwonde. Quant à nous, nous attrapons, au vol, ce matin un bus pour Lilongwe. Nous sommes chanceux il ne reste que deux sièges. Nos quatre fesses et épaules reposent sur un fauteuil, un vrai bonheur. Pourtant, même s’il s’agit d’un vrai gros bus, çà reste un bus africain à cinq places de front. Rien à voir avec le confort que nous avions en Amérique du Sud mais nous apprécions quand même ce bus. Nous mettons près de cinq heures pour atteindre la capitale du Malawi. Pendant ce temps, nous faisons la connaissance de mon petit voisin de cinq ans, qui répond au joli nom de « God Bless you », et découvrons du regard ce nouveau pays. La partie sud du Malawi est montagneuse, rocailleuse, verte avec des sortes d’altiplanos qui me font penser à la Bolivie. Nous traversons ces villages de huttes qui bordent les routes principales qui sont plutôt en bon état. Nous retrouvons nos souvenirs du Maroc avec ces souks partout. Il y a ici une vraie effervescence de rue. Les gens s’affairent de tous côtés et les petits busines affluent. Les Malawiens semblent bien gentils et surtout très rieurs.
Nous arrivons à Lilongwe vers 13h. Nous réservons notre trajet Lilongwe-Dar es Salam prévu demain à 19h avec la seule compagnie locale Taqwa. 1500 kms et trente heures dans un « big bus » nous attendent ! Nous devrions atteindre Moshi, au pied du Kili, lundi soir. On tient un bon timing.
Nous avons vingt quatre heures à passer à Lilongwe. Un léger ravitaillement en shampoing, savon et doliprane au minimarket du coin nous permet de traverser le quartier populaire du terminal de bus. Nous sommes une fois de plus frappés par la pauvreté dans cette capitale, le nombre de mendiants et de personnes mutilées qui font l’aumône.
Nous trouvons une chambre pas chère (12€ la nuit) avec salle de bain, non loin du terminal de bus. A ce prix là, on ne pouvait pas s’attendre à avoir de l’eau en journée et de l’eau chaude quand les vannes sont ouvertes ! On se rend aussi rapidement compte que cet hôtel est également le seul bar-disco du quartier. Nous avons donc de la musique qui résonne sous nos pieds jusqu’à minuit et profitons pleinement des discussions des Malawiens éméchés sous notre balcon. Après une trentaine d’heures de diète, je reprends la nourriture solide. L’assiette de riz du restaurant du coin fait bien l’affaire et semble correctement passer. Je suis quasiment guérie !
La nuit a été bonne. Nous passons la journée dans le quartier à attendre notre bus. Un peu d’internet pour se mettre à jour des dernières infos mais on lâche rapidement prise. Il nous faut trente minutes pour ouvrir un mail. Nous déambulons dans ces ruelles de terre au milieu des commerces en tout genre. Nous nous installons à la terrasse d’un restaurant pour prendre un fanta orange (ces pays sont spécialistes des boissons gazeuses de ce type, Coca a réussi un tour de force avec un fanta bien moins cher qu’une bouteille d’eau de même contenance) et observons le quotidien des gens. Nous voyons de beaux 4x4 arpenter la rue et des charrettes tirées à la main. Nous apercevons des vendeurs de coin de rue proposer des samosas réchauffés tandis que d’autres préfèrent se nourrir de bâtons de canne à sucre qu’ils mâchouillent toute la journée. Une femme vient nous proposer de lui acheter ses tomates, un homme ses carottes ou ses noix de cajou. Nous achetons le journal national. C’est un jour à événement : le ministre des finances vient de présenter le budget pour 2010 avec les mesures fiscales associées. Avec un budget national d’à peine un milliard d’euros, les marges de manœuvre ne sont pas bien élevées. Le journal ne laisse pas vraiment de place à la critique et encense littéralement ce budget « très bien construit ». Même le consul finlandais y va de son bon mot. La page sport relate les dernières infos avant l’ouverture de la coupe du monde de foot des moins de 17 ans au Malawi !
19h00, nous montons enfin dans notre bus et nous voilà partis pour une nouvelle aventure. Très vite nous comprenons que notre chauffeur est tanzanien. Ils ont en effet la réputation de conduire vite. L’information est avérée. Nous décollons de notre siège à chaque nid de poule sur la route. Au vu des conditions de voyage, les suspensions du bus ont du rendre l’âme il y a fort longtemps. L’assise de nos sièges n’est pas fixée au fauteuil ce qui ajoute un peu de gymnastique à l’exercice. Nous manquons de nous envoler à chaque tournant avec la vitesse prise. Nous traversons les petits villages à 90 kms/h à coups de klaxonne. Et les fenêtres, en plexiglas, laissent passer un énorme courant d’air glacial. Le bus fait des stops toutes les deux heures durant la nuit ce qui ne nous permet pas vraiment de fermer l’œil. A 4h30 nous atteignons la frontière au nord du Malawi. Nous attendons 6h du matin que le poste ouvre ses grilles puis nous nous exécutons à la fouille du bus. Les autorités sont bien plus vigilantes lorsqu’il s’agit de sortir de leur territoire. Nous passons le « no man’s land » en bus cette fois ci. Nous payons notre visa d’entrée en Tanzanie 50$ par personne. 10h, nous avons fini les formalités et reprenons la route. Nous venons de passer l’avant dernière frontière de notre voyage. Nous avons une heure de plus qu’en France, le soleil se lève à 6h et se couche à 18h30, nous sommes désormais en Tanzanie. Le sud du pays est très montagneux. Nous traversons toujours ces petits villages de huttes et de terre. Les tanzaniens savent tirer profit des bienfaits de la terre et la cultive. Nous voyons des bananeraies, des palmeraies mais aussi des champs de mais et d’autres cultures diverses. Notre chauffeur continue sa route sur la même lancée à la différence près, il a décidé de ne plus s’arrêter. C’est un problème pour nous car nous n’avons pas de monnaie locale et donc pas de quoi acheter à manger aux vendeurs ambulants. Vers 16h nous faisons une très courte halte dans un village. Nous scrutons du regard si une banque est établie ici. Juste un distributeur à quelques mètres du bus. Mon Flo se précipite dehors. Il arrive à retirer quelques sous avec lesquels on achète un paquet de madeleines locales. Nous attendrons 20h pour une vraie pause diner. Dix sept minutes nous sont accordées pour faire enfin un petit pipi-lavage de mains (çà commençait à faire long), faire la queue et engloutir l’assiette de riz-poulet qui nous est servie dans ce restaurant self service. Nous sommes priés de remonter rapidement dans le bus à grands coups de klaxonne, à croire qu’il est parisien ce chauffeur. Il est censé nous rester deux heures de voyage. On s’assoupit tant bien que mal. A ma gauche, un gars a pris place depuis qu’il est monté dans le bus à midi. Il n’a pas de place et voyage debout ou assis sur mon accoudoir. On est un peu serré. Nous arrivons à Dar es Salam non pas à 22h mais à 3h du matin. Nous sommes débarqués au milieu de nulle part dans la ville. Nous frappons à la porte d’un petit hôtel. Athman, le réceptionniste nous propose une chambre pour la nuit. Nous lui expliquons que nous devons repartir le lendemain à 5h30 du matin pour nous rendre au terminal de bus et acheter notre dernier trajet Dar es Salam-Moshi. Par conséquent, nous n’avons pas très envie de dépenser 20$ pour deux heures de sommeil. Je lui demande si nous pouvons simplement nous installer à la réception dans un petit coin. Il finit par accepter, c’est aussi pour lui l’occasion d’avoir un peu de compagnie. Nous discutons ensemble pendant deux heures. Il nous parle de sa famille, sa fille et ses deux garçons. Ils vivent à cinq dans un deux pièces qu’il paye le tiers (55 000Tsh) de son salaire (150 000 Tsh). La vie en Tanzanie est très difficile, il y a beaucoup de pauvreté. Il aimerait tant pouvoir partir vers d’autres pays mais il sait qu’il n’en a pas les moyens et qu’il est condamné à rester ici. Il a quarante ans, on lui en donnerait facilement dix de plus. Il est très gentil et intrigué par notre voyage. Il nous apprend aussi quelques mots de Swahili. Même si l’anglais est la langue officielle en Tanzanie, peu de tanzaniens la parlent couramment. Avant de le quitter il invite « Monsieur Florian », comme il dit, à le rejoindre au comptoir de la réception et lui demande tout de même quelques shillings pour acheter du pain. Nous le remercions pour son accueil. Nous arrivons au terminal de bus de Dar es Salam, un peu en avance. Nous attendons l’ouverture des bureaux de la Scandinavia Express Compagnie, apparemment la plus rapide pour rejoindre Moshi. Le départ du bus prévu pour 8h30. 9h00, nous partons ! Nous sommes dans un bus de luxe car une collation à base de gâteaux secs et jus de fruit nous est proposée. La conduite est une nouvelle fois sportive mais nous sombrons, l’un et l’autre, dans un profond sommeil après ces deux nuits quasi blanches. 14h, un ravitaillement express pour un déjeuner buffet nous réveille. Il n’y a plus de poulet, nous prenons qu’une assiette de riz. Une chose est sûre en ne mangeant que du riz depuis trois jours tous mes désagréments intestinaux se sont envolés ! 17h30, terminus, tout le monde descend, fin du voyage.
Nous sommes enfin arrivés à Moshi. 6 jours, 3700 kms, 65 heures de bus et combis divers, le trajet nous a épuisés. Mais nous sommes au pied du Kilimandjaro qui nous présente sa cime enneigée. Les nuages se dissipent en cette fin de journée. Il est impressionnant et majestueux, du haut de ses quelques 6000 m. Penser que pour le 14 Juillet nous devrions être à son sommet est à peine croyable. Pour l’heure, nous nous trouvons un backpackers pour ces trois prochaines nuits afin de nous reposer avant de relever ce nouveau défi. Départ prévu, jeudi 9 juillet au petit matin. En attendant, c’est un mélange d’une certaine appréhension et d’une grande excitation qui nous habite.
Armelle & Flo

7 juil. 2009
Expédition Kili
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
3 commentaires:
Coucou,
ça a l'air d'aller dans le car ??? (photo)
Retrouvailles dans ce blog because :...mail suit !
J'ai donc de la lecture : rattrapage oblige !
Conséquences : Commentaires de ma part non exhaustifs si ce n'est que mon bonheur consiste à participer au vôtre dans la poursuite de votre trip.
Bien des bisous d'Edith
malgré notre silence,nous pensons à vous;aux "neiges" du Kilimandjaro!les parents d'Armelle doivent vous rejoindre bientôt et vous embrasser de notre part;ils vous apportent qques médicaments qui sont au grand dam d'Elisabeth des génériques (ce n'est pas ennuyeux).bisous.
Hauts les coeurs : nous pensons bien à vous ....
Poètes et à la fois invincibles :
vous êtes vraiment incroyables !!!
Restez prudents .
Plein de bisous .
Enregistrer un commentaire