15 dec 2008
Nous y sommes…sur le Navimag. Au début des années 1990, préhistoire du tourisme patagonien, les voyageurs devaient négocier ou ruser pour embarquer sur des cargos qui naviguaient entre Puerto Montt et Puerto Natales. Le tourisme poursuivit son essor sans qu’aucun ferry de passagers ne fasse son apparition : la seule route pour rejoindre le sud de la Patagonie et la Terre de feu passait par l’Argentine. La compagnie de transport de fret Navimag prit alors l’initiative d’ouvrir une partie de ses navires aux passagers. Navimag n’est donc pas vraiment ce qu’on peut appeler une croisière même si le confort s’améliore : c’est avant tout un cargo de marchandises au milieu des poids lourds, de routiers éméchés voire du bétail. Il y a du bon et du moins bon mais cela reste une expérience à part, unique et aussi le seul moyen de découvrir la superbe région de la Patagonie chilienne.
Voila pour le tableau…Nous embarquons lundi après midi à 15h sous une pluie battante sur Evangelistas, c’est un bon présage. Le navire fait 130m de long et est déjà bien chargé en fret. Nous prenons possession de notre couchette déjà tout trempés. Nous voyageons en classe C soit la plus économique bien sûr !) : Dortoirs de vingt personnes avec douches communes au plus bas du bateau. Nous sommes déjà agréablement surpris de ne pas être aussi bas qu’on le pensait en étant bien au dessus du niveau de l’eau. De plus, suite à la découverte d’une astuce sur un forum internet, nous avons demandé spécifiquement à avoir les couchettes neuf et dix, ce qui n’a pas fait spécialement rire la nana qui nous avait déjà attribué les places cinq et six. Bonne pioche, ces deux lits sont isolés au bout du dortoir, dans un coin : c’est presque une cabine avec un peu d’imagination ! Nous avons même la chance d’avoir un hublot et un radiateur rien qu’à nous (ce qui n’est pas superflus pour faire sécher nos polaires, pantalons, chaussettes et chaussures). Les autres couchettes sont toutes par quatre et certaines sont collées aux douches et aux toilettes dans le passage…merci internet.
En somme, en dehors du temps tout pourri, le voyage commence au mieux. Départ 17h. Au bout de quelques minutes, les nuages s’élèvent et le soleil fait son apparition. On croit au miracle mais la suite du voyage nous fera redescendre sur terre concernant les conditions climatiques. Nous faisons le tour du navire et globalement il est plutôt bien conçu pour les voyageurs avec ses bancs à l’extérieur et un salon jeux à l’intérieur. Nous sortons admirer le paysage entourant le canal qui sépare l’’ile de Chiloé au continent. Un diner correct suivi d’un superbe coucher de soleil : les rayons du soleil se découpent parfaitement dans une luminosité propre aux régions australes.
Durant la soirée, nous profitons des tables d’échec mises à disposition pour peaufiner quelques stratégies avant une première nuit de sommeil…collective.
Ce matin, le ciel est grisonnant, bas, il pleut mais un petit déjeuner bien copieux nous attend. A défaut de soleil, une nouvelle partie d’échec pour la matinée. Midi, une brève apparition du soleil et nous voilà précipités sur le pont. Nous voguons toujours à travers ces multitudes d’iles sud chiliennes. Elles sont très découpées, assez montagneuses et couvertes de végétation verdoyante se contrastant parfaitement avec la mer devenue bleu azur. Il y en a de tous côtés. Les parois tombent à pic dans la mer. Nous observons quelques pingouins qui font trempette dans le sillage du navire.
Nous passons l’après midi à l’avant du bateau, dans un vent incroyable, à profiter du paysage sous un beau soleil. En fin d’après midi, le navire bifurque vers le grand large, dans l’océan, car les canaux ne nous permettent pas de poursuivre notre course. Désormais, c’est la mer davantage déchainée qui nous attend. Le vent redouble de force, les vagues deviennent de plus en plus importantes. 17h, nous y voilà, l’Evangelistas pique du nez d’avant en arrière dans une mer agitée mais pas démontée pour autant : on sent bien qu’il n’a pas été conçu pour affronter l’océan. Nous en avons pour une douzaine d’heures ainsi avant de réintégrer les canaux et les fjords, plus paisibles. Pour lutter contre le mal de mer qui commence à toucher une bonne partie de l’équipage, nous nous installons paisiblement à l’air frais, sur le pont arrière en fixant l’horizon. Ceci nous donne l’occasion d’apercevoir trois dauphins et surtout le jet de quelques dizaines de baleines sous un soleil déclinant. C’est assez impressionnant bien que nous soyons trop loin pour les distinguer réellement. La nuit est très mouvementée et il nous faut lutter pour rester à flots !
Ce matin tout va beaucoup mieux. Nous avons réussi à fermer l’œil, non sans mal. Il pleut. Cette fois ci, pas d’éclaircie en vue. La mer est grise souris. Nous retrouvons nos iles de part et d’autres du bateau. La végétation disparaît peu à peu pour laisser place à d’imposants blocs de roches sur lesquels coulent de multiples de cascades. Les cimes enneigées dégèlent progressivement donnant ainsi naissance à ces jets d’eau glacée qui file tout droit dans la mer. L’ambiance de la journée est familiale comme celle d’un jour de mauvais temps au ski, bloqué par la tempête. Nous sommes nombreux à avoir quittés nos cabines pour nous installer au « salon ». Les uns s’occupent à lire un roman, certains font une sieste, d’autres papotent autour d’un verre ou jouent aux cartes, pour nous çà sera échecs !
En début d’après midi, la mer devient de plus en plus grise voire elle se précipite en blanc. La température descend considérablement et des blocs de glace comme des glaçons flottent tout autour du navire… l’atmosphère d’un film catastrophe ! Nous approchons en réalité du glacier Pie XI en empruntant son fjord du même nom. Une large étendue de glace de plusieurs centaines de mètres de large et quelques dizaines de mètres de haut se jette dans l’océan. Elle se présente face à nous empêchant la progression du navire. Cela ressemble à une gigantesque coulée de lave blanche et bleue électrique venue mourir dans la mer. C’est surprenant et magnifique à la fois. Les parois sont ciselées. Le bateau fait demi tour devant cette incroyable joyau de la nature et nous admirons la manœuvre bouche bée. Nous prenons conscience, une fois de plus, de la chance que nous avons de voir tant de merveilles naturelles aussi variées les unes que les autres.
L’heure du soleil couchant nous donne la possibilité d’apercevoir quelques uns de ses rayons perçant un ciel très orageux. Un nouveau spectacle de lumière. Nous nous régalons. La soirée est la dernière de la traversée donc ambiance… c’est fiesta music live et bingo en prime. Les lots sont une casquette, un jeu de cartes, une bouteille de vin et un Kway aux couleurs de la compagnie (bien utile dans la région). Cela valait la peine de faire l’acquisition de sa planchette de bingo d’autant plus que chaque victoire devait être homologuée par une danse personnelle du vainqueur. Un grand moment de bonheur pour nous, spectateurs.
Le dernier jour débute sous un ciel gris suivi d’une percée du soleil. Nous approchons de Puerto Natales. Les glaciers et autres montagnes enneigées sont de plus en plus présents. L’aventure se termine et au final nous garderons un très bon souvenir de l’expérience unique que nous a fait vivre cette traversée.
Demain nous partons pour le « trek W », célèbre randonnée de 75 kms dans le plus beau parc d’Amérique du sud, le Torres del Paine. Au programme de ces quatre jours, glaciers, décor de Patagonie avec sa luminosité si particulière mais aussi tente, vent fort, pluie…et on espère un peu de soleil.
Armelle & Flo
18 déc. 2008
Chemin du bout du monde
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


4 commentaires:
Bien joué pour les cabines 9 et 10 ...!
Bon trek alors.
Nous sommes en vacances ce soir et cela fera du bien de changer un peu de l'air Parisien (nous partons en Normandie)
Bises
nous avons bien reçu votre carte, merci, à vous,joyeux et saint Noël,le glacier devrait être nommé Pie VII d'après votre traversée épique sur le "Fantasia" bisous.
Merci beaucoup pour votre carte et aussi très bon anniversaire très en retard à Armelle.(On y avait pensé le jour j mais on était en vadrouille à ce moment là). On espère que vous profitez bien de vos aventures et bon courage pour le trek, ça va être fabuleux! Vive la Patagonie! Mil besos y hasta pronto amigos. Mimi y Vb
Et moi j'ai pas eu ma carte :(
Bisous quand même !
Edith
Enregistrer un commentaire