25 déc. 2008

W

19 dec 2008

Nous sommes de retour à Puerto Natales. Le temps de profiter de notre jacuzzi et on vous raconte ces derniers jours…

Il fait gris et des gouttes apparaissent sur les vitres du bus. Nous croisons sur la route de nombreux troupeaux de guanacos ainsi que de majestueux condors. Halte à 10h pour payer l’entrée du Parc National Torres del Paine. Beaucoup de monde en ces jours de congés d’été pour les sud américains. Nous prenons ensuite un bateau qui nous permet d’avoir une vue sur l’ensemble du massif que nous allons traverser ces prochains jours.

Comme son nom le laisse imaginer, le trek W fait un W dans le massif. En parcourant de gauche à droite le circuit, la première branche du W contourne le Cerro Paine Grande (3050m) et aboutit au glacier Grey. La deuxième branche passe entre le Paine Grande et Los Cuernos, sorte de pics sédimentaires noirs en forme de cornes. La dernière branche contourne Los Cuernos par la droite pour déboucher sur les Torres del Paine. La randonnée fait 75kms sur 5 jours et 4 nuits entre 0m et 1200m d’altitude. En plus d’être doté d’un paysage exceptionnel, le parc est classé réserve de la biosphère par l’UNESCO. Il abrite des troupeaux de nandous, des condors, des flamants roses, des guanacos et des pumas. Le trek tire sa difficulté des conditions climatiques de la Patagonie chilienne : la météo est imprévisible et les montagnes peuvent se voiler de nuages pendant des heures voire des jours en moins d’une heure. Les vents peuvent souffler en rafale jusqu’à 150km/h, la pluie fait partie de l’aventure quand la neige ne décide pas de prendre le relais. En somme, le soleil trouve peu de temps pour percer.

Nous débarquons du bateau avec une centaine d’autres randonneurs. Nous prenons notre déjeuner (cacahuètes, figues, gâteaux secs) pour les laisser partir et être au calme. Le ciel est plombé mais il y a peu de vent et le soleil fait quelques apparitions. Nous pouvons admirer le lac Pehoé et sa couleur bleu turquoise. Nous partons à 13h30 direction le glacier Grey et son refuge privé. Au programme de cette première demi-journée, 11km de randonnée plutôt facile avec peu de dénivelé. Nos sacs à dos sont relativement légers malgré l’eau et la nourriture car nous avons laissé quelques affaires « chez Paulette » (l’hospedaje dans laquelle nous logions).

Nous croisons des randonneurs qui en terminent. C’est un classique…Le partant est tonique, droit sur ses bâtons, sifflote et s’émerveille pour pas grand-chose. L’arrivant, lui a perdu de sa fière allure (et il s’en fout), sa démarche désarticulée prouve que ses pieds ou ses genoux font parler d’eux, il pense à la bonne douche du soir…mais il a un sourire particulier aux lèvres. Le sourire de celui qui termine le trek et qui se dit qu’il n’aimerait pas être à la place de celui qui le commence : il peut pousser le sadisme jusqu’à lancer un « good luck ! » aux randonneurs qu’il croise.

Nous ne dérogeons pas à la règle pour ces débuts. Nous fredonnons des chansons que l’autre doit deviner : c’est excellent pour ne pas voir passer les kilomètres mais moins bon pour la gestion du souffle ! Nous finissons avec « les chariots de feu » dans la tête. La grisaille avec de fines gouttelettes ne nous offrent pas un spectacle inoubliable du glacier Grey. Et pourtant, il est majestueux et imposant avec ses 10kms de large qui se déversent dans le lac du même nom. Nous arrivons avec un peu d’avance au refuge, matérialisant la fin de la première branche. Nous préférons pousser jusqu’au campement suivant, situé juste au dessus du glacier, ce qui rajoute quelques kilomètres au trek mais une vue bien plus impressionnante. Nous plantons la tente vers 17h puis faisons une toilette rapide au torrent glacé qui coule le long du camp. Une pluie fine vient rafraichir un peu plus nos corps qui ont du se contenter d’un diner froid.

Nous avons eu un peu froid cette nuit avec des températures qui sont descendues aux alentours de 0°C. Petit déjeuner, démontage tente, sacs au dos à 7h30. Un dernier coup d’œil au glacier nous permet de voir un bloc de glace se détacher et plonger dans le lac pour dériver tel un glaçon. Ce matin, nous retournons au point de départ d’hier. Il fait encore plus gris et il pluviote en continu. On ne chantonne plus. Nous n’aimons pas faire le chemin inverse, l’impression de déjà vu nous fatigue moralement. Enfin, nous arrivons au point de départ où nous prenons un déjeuner chaud. La pluie redouble de violence dehors. Le vent se lève enfin pour chasser quelques nuages et faire apparaître le soleil. Nous reprenons le circuit à 13h sous un soleil timide et de violentes rafales de vent. Nous devons atteindre le campement Italiano en deux heures et si on a la forme, on veut pousser au campement suivant. Il faut bien s’équilibrer avec les bâtons pour ne pas basculer avec le sac. La luminosité nous permet d’apprécier le sentier qui serpente dans une végétation luxuriante au pied du massif vertigineux du Paine Grande. Nous atteignons « la vallée des français » (milieu du W), coincée entre le Paine Grande sur sa gauche et Los Cuernos sur sa droite. Nous décidons de rejoindre le campement Britanico qui se trouve en haut de la vallée et ainsi prolonger de deux heures la balade de la journée. Il fait de plus en plus froid. Nous atteignons notre but vers 17h. Nous sommes que deux tentes (de français, évidemment !) à ce campement d’altitude (900m) ! Nous mangeons tôt, vite et froid. La nuit sera longue et toute aussi froide, très froide.

La tente est gelée. Nous avons eu très froid et n’avons quasiment pas fermé l’œil. Les températures sont passées très largement en dessous de 0°C. Je sors de la tente pour faire un point de la situation. Il a neigé et les flocons ont gelé sur la tente. Je commence à dégeler la tente en grattant avec mes gants et les doigts pour éviter qu’avec le réchauffement elle s’humidifie. Il se remet à neiger et les flocons gèlent encore…Nous sommes abrités par une forêt sans quoi la tempête de neige que nous distinguons à la lisère nous aurait congelé. Nous réussissons à dégivrer la tente et à la ranger au plus vite dans notre sac. Nous nous équipons avec ce que nous avons de plus chaud pour affronter le vent glacial. Nous renonçons à atteindre le mirador qui se trouve à ½ heure plus haut tant la visibilité est mauvaise. Nous ne distinguons même plus les massifs qui nous entourent. Nous descendons rapidement, poussée par le froid et la fatigue Armelle prend la tête. Nous sortons de la vallée de français vers 10h et cette fois ci le soleil brille. Il s’accompagne encore une fois d’un vent violent soufflant en rafale à 100km/h. Le chemin longe le lac Pehoé d’un côté et los Cuernos de l’autre. La vue se dégage et le spectacle est enfin au rendez vous. Il fait même un peu chaud ! Nous traversons des torrents descendant des glaciers qui nous permettent de nous ravitailler en eau. Nous passons une après midi très agréable avec ce décor de Patagonie comme on se l’imagine dans nos rêves. Nous poussons le vice jusqu’à aller au refuge de la nuit suivante ce qui nous permet de gagner une journée de randonnée. Nous arrivons vers 16h30, avec l’impression d’avoir eu deux journées très différentes en une ! On se couche tôt.

Lever 5h10. Il faut beau, enfin, il y a du ciel bleu. Le circuit se termine aujourd’hui par son apothéose : une montée au mirador des « Torres del Paine », trois spectaculaires pics de granit. Nous laissons nos sacs dans la tente pour cet aller retour de quatre heures. Nous avons un pas léger et rapide avec un soleil de plus en plus présent. Nous atteignons le mirador vers 8h. Nous sommes encore une fois ébahis par la beauté de cette nature si sauvage. Nous restons une grosse demi-heure, en plein vent, à contempler ce que nous offre le soleil : les tours dégagées et un soleil qui brille, un événement très rare dans ce parc comme on a pu le constater ces derniers jours. Nous redescendons, récupérons nos sacs pour attaquer une dernière descente dans un paysage de carte postale. On n’aime pas les descentes!

Fin du trek W à 12h15, soit 3 jours pour 78kms. Nous avons « le sourire des arrivants ». Cette superbe journée nous donne envie de rester une nuit de plus. Nous décidons de rejoindre le camping sur le lac Pehoé. Après un ultime déjeuner aux cacahuètes & Co, nous reprenons une marche de 8kms pour rejoindre la route qui mène à notre camping. Les pieds sont douloureux, l’arrière des genoux tire et les tendons d’Achille sifflotent un peu. La fatigue physique est compensée par la beauté naturelle qui nous entoure…les photos reprennent du service ! Il faut attendre un bus qui passe tard dans la journée. Nous demandons à une voiture de nous emmener : Vincent et Juliette acceptent de nous prendre. Ils viennent également de finir le trek dans l’autre sens. Ils sont dans le coin pour deux semaines de vacances. Ils vivent à New York et travaillent dans le secteur bancaire (pas facile en ce moment…). Nous nous arrêtons régulièrement sur la route pour profiter du panorama sous un ciel tout bleu. Le camping est posé à un endroit idyllique avec une vue magnifique sur la lac Pehoé et le massif de notre trek en arrière plan. Nos deux amis français se laissent tenter par une nuit au camping où ils se prêtent aux joies du camping : tente et sacs de couchage. Nous leur proposons de se joindre à notre repas de galla, spaghettis au feu de bois. Une bonne douche chaude (la première depuis longtemps) suivie d’un feu allumé avec les reflexes de vieux scouts. Nous passons ainsi une soirée très agréable tous les quatre.

Grasse matinée. Il pleut dehors. Fort. Le climat semble ici d’autant plus rude que la veille il a été clément. Nous avons une pensée pour les partants de la veille…et contents d’avoir fini un jour plus tôt !

Nous sommes dans un bed & breakfast idéal pour passer Noël. Ambiance familiale, chambre tout en bois, jacuzzi, poêle pour un petit feu le soir et diner traditionnel avec la maitresse de maison. Je suis sous la verrière avec le soleil qui me chauffe le dos, tout est calme. Nous fêtons Noël et notre 100ème jour d’aventure. Il est 20h15, un 24 décembre 2008 en Patagonie.

On vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes de Noël.

Armelle & Flo





1 commentaire:

Anonyme a dit…

les photos sont extraordinaires, et, bravo ,pour votre randonnée de 75kms bizous.