17 Août 09
Nous quittons aujourd’hui notre petit paradis sur les rives de Nkhata bay pour rejoindre l’île de Likoma à soixante kilomètres d’ici, de l’autre côté du lac, et à seulement neuf kilomètres des côtes mozambicaines. Nous levons l’ancre en début de soirée vers 20h. Nous passons donc la journée au village. Déjeuner chez Atsumi et Sergio, qui nous font encore découvrir de nouvelles saveurs, suivi d’une balade digestive dans les ruelles. Aujourd’hui c’est le jour du bateau Ilala, ce cargo mixte que nous prenons ce soir. Il parcourt les bords du lac du nord au sud et passe deux fois par Nkhata bay, le lundi et le dimanche. A cette occasion, c’est tout le village qui est en effervescence. Les vendeurs de légumes et de poissons séchés affluent sur les bas côtés. Pour l’heure, nous arpentons les allées du marché. D’un côté, des petits tas rouges de tomates, des pommes de terre, des sacs de haricots rouges et quelques feuilles de salade verte. En revanche, aucun fruit hormis quelques bananes. Pour les mangues il faut encore attendre le mois d’octobre. D’un autre côté, les étales de chiffons en tous genres avec les fameux boubous, les tissus colorés dans lesquels les femmes s’enroulent les hanches. En une heure nous avons fait le tour du village. Il reste encore cinq heures à attendre. Nous en profitons pour vivre un moment de « vie à l’africaine ». On s’assoit sur les racines d’un arbre habituellement occupé par quelques locaux, puis nous observons. Notre arbre fait face au terrain de foot, juste de l’autre côté de la piste principale du village. Un match est en cours de préparation avec les deux équipes, de part et d’autre du terrain, en plein briefing. Nous attendons une bonne heure avant que le coup de sifflet ne soit donné ce qui nous laisse le loisir d’apprécier que les standards de la mode n’ont pas encore frappé le Malawi. Les hauts ne sont pas vraiment assortis aux bas, les tee shirts sont souvent troués et on remarque ceux qui ont eu la chance de se voir offrir des paires de chaussures de randonnée souvent bien trop grandes pour eux. 15h15, le match commence. On se rapproche du terrain en prenant place dans les gradins avec les autres spectateurs. On se pose donc par terre, dans la poussière, comme tout le monde. Pour les amateurs de foot, le jeu développé est davantage d’influence anglo-saxonne que française. La raison est que dans cette région de l’Afrique, ils sont tous passionnés par les clubs anglais. Et pour ainsi dire le match a davantage lieu en l’air que par terre. Personnellement, je ne suis que d’un œil les passements de jambe et les petits ponts et continue de regarder les gens vaquer à leurs occupations. C’est passionnant. Après le temps réglementaire de deux mi-temps de 45 minutes, l’équipe des maillots l’emporte 4-3, du vrai spectacle. Il est 17h, la nuit commence à tomber et l’on assiste au retour des villageois dans leurs foyers la tête et les bras chargés de l’on ne sait quoi. Nous quittons Atsumi et Sergio après un échange d’adresse et des chaleureux adieux (ou au revoir, on ne sait…). Le Malawian Time est un endroit que nous recommandons tout particulièrement aux prochains vacanciers à Nkhata bay. Nous prenons le chemin du port.
Notre dernière expérience de croisière sur un cargo mixte remonte au Chili avec la traversée des fiords patagoniens sur Navimag. On peut désormais dire que c’était un vrai luxe en comparaison à ce que nous allons vivre sur le Ilala boat. C’est un cargo d’une cinquantaine de mètres qui fait face à nous dans la nuit. Sur la jetée des hommes et des femmes, des sacs de riz, de farine, de sucre et un vacarme assourdissant. Le bâtiment qui se présente à nous est tout rouillé et penche visiblement sur son flac droit. On se faufile comme on peut pour atteindre le bateau. On monte à l’aide d’une planchette de bois dont les contremarches ne tiennent plus. Nous avons un billet 2nde classe, laissant la classe économique à une autre fois. Le bateau est constitué de trois niveaux dont le premier affleure l’eau. On débarque donc, après avoir escaladé les sacs de maïs, au pont inférieur. On pénètre dans une salle où les gens sont entassés les uns sur les autres, où les cris des enfants ne permettent pas d’oublier les odeurs de poissons séchés et où il fait 40°C. Mon Chouchou me suggère de tenter la traversée de cette foule et de monter au pont supérieur pour atteindre la seconde classe. Seulement, sur la porte de cette salle qui ressemble davantage au fond de cale des galères, je vois inscrit « second class ». Cà y est, nous sommes arrivés. L’atmosphère est irrespirable. Les Malawiens sont assis, tant bien que mal, sur leurs sacs de 100 kilos de provisions. La tête écrasée sur les grilles, ils n’ont pas la place de faire un seul mouvement de bras. Un rapide coup d’œil autour de nous et nous constatons que nous sommes les seuls touristes. Un homme me regarde me contorsionner dans tous les sens pour me frayer un passage et m’indique que la première classe est au dessus. Je lui réponds que c’est bien la seconde que je cherche. Manifestement, nous n’avons déjà plus de place pour nous asseoir alors que le bateau n’est censé partir que dans deux heures. Nous nous regardons conscients que nous n’allons pas pouvoir passer la nuit debout. On atteint, avec difficulté, l’étage supérieur et l’on décide de poser nos sacs sur la passerelle du pont. Nous allons passer la nuit au vent, assis par terre entre les portes des cabines de la « luxury class ». Au bout de deux heures, un membre du personnel vient nous indiquer que notre emplacement va gêner le va et vient des clients. Il nous rappelle que la seconde classe se trouve à l’étage inférieur et que si, comme c’est le cas, nous n’avions pas de place nous pouvons toujours monter sur le pont supérieur. Il s’agit de la première classe, il faudra simplement s’acquitter de la différence du prix. N’ayant pas vraiment le choix, on décide de se hisser d’un cran. Le troisième niveau du bateau est occupé uniquement par des touristes. La première classe se résume en un pont en bois en plein air. Nous nous installons dans un petit coin du pont, sortons notre matériel, matelas et sacs de couchage et commençons notre nuit. 22h, la sirène du cargo retentit, le navire quitte le quai avec deux heures de retard. Mais c’est aussi l’heure du contrôle des billets et notre seconde classe ne fait pas illusion. Nous devons rallonger un peu le billet ou redescendre dans les entrailles du bateau. On décide d’opter pour la solution reposante et dormir à la belle étoile sur Ilala boat. Le sommeil est difficile à trouver car le cargo tangue sévèrement d’avant en arrière. Nous sommes pourtant sur un lac aux eaux tranquilles. Nous atteignons l’île de Likoma vers 8h du matin pour une arrivée initialement prévue à 3h du matin. Le bateau ne peut accoster sur la plage. Nous nous dirigeons difficilement vers la sortie avant de plonger dans une barquette venue nous débarquer. Elle est pleine à craquer, des sacs de provisions sont entassés au centre et nous par-dessus. L’eau affleure les bords du canot. Nous regagnons la plage après une dizaine de minutes angoissantes à se demander si nous n’allons pas couler. Laquelle plage n’est toujours pas équipée d’embarcadère. Il nous faut faire un dernier saut dans l’eau avec nos sacs sur le dos, pantalons retroussés aux cuisses et chaussures à la main. Nous sommes enfin arrivés sur cette île authentique et paradisiaque. Une voiture du backpackers où nous pensions dormir vient récupérer les éventuelles touristes. La seule et unique route, en terre, traverse une multitude de petits villages en huttes. Les enfants nous font des grands signes de la main sur notre passage.
Le Mango drift est un petit lodge sur la plage de la côte ouest de l’île. Il fait face à l’île de Chizumulu. Quelques paillotes en bambou sont placées les unes à côté des autres sur la plage. Elles sont plantées au milieu de manguiers et de baobabs et sont décorées de bougainvilliers et palmiers. L’endroit est idyllique pour un séjour de quelques jours de farniente même si les gérants ne sont pas particulièrement agréables. Nous en profitons pour nager dans les eaux cristallines du lac, faire du snorkeling le long des rochers à admirer quelques poissons tropicaux, et simplement nous poser sur le sable orangé à profiter des rayons chauds du soleil qui reste pourtant hivernal.
Likoma island est aussi connue pour l’accueil chaleureux de ses habitants. Nous décidons donc de partir à l’aventure de cette petite île longue de huit kilomètres et large de trois kilomètres. Le village principal, où nous pensons pouvoir trouver de quoi faire un ravitaillement pour notre barbecue, se trouve sur la côte est, à l’opposé du Mango Drift. Le temps d’une belle balade d’une heure. Il faut gravir la montagne, franchir le col et redescendre de l’autre côté. Nous partons vers le nord par un petit sentier qui surplombe la côte. Les eaux du lac s’offrent à nous dans un dégradé de bleu. Cela nous fait penser aux côtes corses. Le chemin serpente à travers de larges étendues d’herbes jaunies et séchées par le soleil dans lesquelles des baobabs semblent sortir de nulle part. Le sentier nous fait passer par de petits villages où les enfants se jettent dans nos bras en nous criant « muzumglu », un terme qui doit veut dire « white people ». Ils agrippent nos mains et ne veulent plus les lâcher. Le plus important pour eux est d’abord de connaître notre prénom mais surtout de bien tenir notre main. Et en un instant, on se retrouve avec chacun six enfants pendus à nos bras qui se bataillent pour serrer nos doigts. Ils sont intrigués par notre présence, en effet, il y a très peu de blancs sur cette île. Monica, une petite fille de cinq ans, me caresse le bras en sentant l’odeur de ma peau, touche mes cheveux et n’oublie pas de jouer avec mon alliance et la fermeture éclair de ma poche qui semblent beaucoup l’intriguer. Elle s’observe dans le reflet de mes lunettes de soleil en me faisant les plus belles grimaces de son répertoire. Elle et sa sœur sont très fières d’elles à en juger les grands sourires qu’elles font. Nous faisons une pause sur la plage avec tout ce petit monde, le temps d’une photo. Les pitreries se déclenchent, chacun voulant faire de son mieux et c’est réussi.
Nous atteignons le village principal après s’être arrêtés pour visiter la cathédrale anglicane Saint Peter, un vestige du temps des missions. Les allées de terre nous conduisent au marché mais pas au supermarché. Quelques tomates, beaucoup de cacahuètes, il va être difficile de trouver de quoi se préparer à diner. Deux œufs et trois tomates agrémenteront les pâtes qu’il nous reste. Nous nous mettons alors à la recherche d’un restaurant pour le déjeuner. Nous arpentons le village de long en large ce qui nous permet d’apercevoir de nombreux étales de poissons séchés. Nous débusquons le seul et unique restaurant de l’île après l’avoir cherché un long moment. Il s’agit d’une sorte de cantine locale où l’on nous sert très chaleureusement un fish-rice, le tout devant un match de foot. Dernière bouchée avalée et coupure d’électricité, c’est le moment pour nous de repartir en sens inverse malgré la grosse chaleur. Nous explorons un autre chemin plus au nord mais qui a davantage de charme en nous faisant passer par des allers de manguiers.
Ces quelques jours au Mango drift nous ont offert les derniers barbecues de notre voyage. Il faut dire que la carte du restaurant bar n’est pas très variée, sandwich à midi et plat unique le soir. Nous écoulons notre stock de pâtes et de soupe aux champignons. Juste de quoi tenir deux diners. Le point avantageux est que l’on peut désormais se débarrasser de nos ustensiles de cuisine que l’on transporte depuis plusieurs mois. Il faut alléger nos sacs avant le retour d’autant que celui de Chouchou présente quelques signes de faiblesse au niveau de la fermeture éclair. Ce matin, nous partons à l’aventure en direction du sud de l’île comme deux pères Noël, avec nos cadeaux sous le bras. Nous rencontrons Stefan, une vingtaine d’années, a qui nous offrons notre casserole spéciale safari, nos assiettes, gobelets et couverts, le tout accompagné du liquide vaisselle. Il est ravi et cela se lit au sourire sincère qui illumine son visage. Nous poursuivons notre route et Peter, un garçon de dix ans, porte un tee shirt aéré comme un filet de pêche. C’est donc a lui que revient le tee shirt de Flo. Il remercie chaleureusement son donateur et s’en va, fier comme un coq, rejoindre sa maison. Le stylo et autres babioles seront pour deux gamins qui passaient par là. Pour le reste de nos affaires, la distribution attendra encore quelques jours.
Il fait très chaud et la promenade ne dure pas très longtemps. Nous poussons jusqu’au sud pour découvrir la plage côté Mozambique. Sur le chemin du retour nous faisons une partie de Sikwa avec deux enfants. Le principe est simple : un trou dans le sol, deux capsules de bouteilles scellées entre elles par de la terre et un lancé franc, à tour de rôle, pour atteindre le trou. Le vainqueur est celui qui s’est approché au plus près de l’objectif. Voilà comment occuper les matinées des enfants Malawiens.
Nous repartons samedi soir, avec le Ilala boat, pour un retour à Nkhata bay. Forts de notre précédente expérience, nous montons directement au pont supérieur. Nous sommes quasiment les premiers touristes à monter sur le bateau. Nous pouvons donc nous choisir une bonne place pour passer la nuit. Le bateau quitte Likoma vers 21h. La nuit est meilleure qu’à l’aller, le navire penche toujours mais tangue nettement moins. Nous sommes bercés sous un ciel parfaitement étoilé. Nous nous réveillons au lever du soleil, noirs de suie crachée par la cheminée et couverts de moucherons. Il n’est pas rare, en effet, de traverser des nuées d’insectes qui planent sur le lac. Ce n’est pas vraiment agréable. Nous débarquons à 7h30, toujours avec autant de difficultés pour sortir du bateau. Nous attrapons le bus de 9h en direction de Salima d’où nous repartirons pour Zomba. Le bus est déjà plein lorsque nous montons. Il faut attendre une petite heure que deux places se libèrent. Le voyage dure sept heures au lieu des quatre annoncées au départ, mais ne nous sommes plus à cela près, question d’habitude. Pour une fois, nous ne faisons pas de pause cantine pour le déjeuner. On prend au passage deux bananes et un épi de maïs bouilli (pour un total de 0,15€ !) que nous tendent les locaux à chaque arrêt du bus. L’épi est un met très apprécié des Malawiens en voyage qui n’est pas trop mauvais et surtout qui change du traditionnel chiken rice que nous réservons pour ce soir. Nous atteignons Salima vers 16h, fatigués par la nuit sur le bateau et cette longue journée de bus.
Demain nous repartons pour Zomba, à une journée de bus plus au sud, dernière étape de notre voyage. Le plateau de Zomba est un endroit magnifique où nous avons prévu de fêter notre anniversaire de mariage.
Armelle & Flo

24 août 2009
Likoma Island
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3 commentaires:
vous êtes toujours aussi beaux ;Armelle sur son "hamac" est splendide,et toi Flo ,un corps d'athlète;à bientôt,de vous dire toute notre admiration,gros bisous.
...allez Tarzan et Jane...
mai.....son !
viiiiiiiiiiiiiiiite
Bon Zomba et bien des bisous d'Edith
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