9 mai 09
Nous passons les portes d’Etosha à regret. Nous faisons deux cents kilomètres pour trouver une ville qui veuille bien nous offrir un cyber café. A Otiwarongo, il y en a qu’un seul mais il est ouvert ! Nous faisons quelques courses et repartons en direction du plateau du Waterberg.
Nous trouvons une « Guest Farm » sur les hauteurs avec des emplacements de camping très luxueux. Des emplacements éloignés les uns des autres, une belle étendue d’herbe pour poser sa tente, un barbecue bien protégé, une table avec des bancs, une lumière et une prise électrique et enfin, une cuisine à disposition…Pour couronner le tout, notre emplacement nous offre une vue sur la vallée au soleil couchant. Un vrai bonheur de camper dans ces conditions. Nous restons deux jours et profitons de ce temps pour se reposer un peu. Pas de randonnée au programme. Nous faisons la connaissance de Nicolas, parisien, qui revient de deux semaines au Botswana et poursuit par deux semaines en solitaire en Namibie. Nous échangeons nos impressions et nous refilons quelques tuyaux. C’est plutôt rare de rencontrer des français dans le sud de l’Afrique.
Une « Guest Farm » a la particularité de posséder de nombreux animaux. Lorsque l’on a pris l’habitude de grands silences, un paon ou une vache deviennent rapidement nuisibles ! Ce n’est rien comparé aux singes « hurleurs » de la colline voisine qui nous réveillent le matin de bonne heure. Nous arrivons à Windhoek en ce lundi pour préparer la suite de notre périple.
Nous rendons Souris et trouvons enfin une solution pour rejoindre le Botswana en bus. Nous prenons un bus jeudi 14 mai à destination des chutes Victoria en Zambie (1500 kms). Nous y restons trois jours pour profiter de ce joyau puis passons ensuite la frontière par nos propres moyens au nord du Botswana. Si tout va bien, nous fêtons nos huit mois de voyage devant les chutes et nous serons à Kasane au Botswana le lundi 18 mai au soir.
Nous avons appris la venue ces jours-ci des parents d’Armelle pour la mi-juillet en Tanzanie ce qui nous fait très plaisir. Nous commençons également à sentir qu’il ne reste plus beaucoup de mois avant la fin de nos vacances mais ceci ne nous attriste pas vraiment pour le moment. On rêve en secret de confort et de repos ! A propos de confort, nous faisons une lessive avec une vraie machine (on ne se refuse rien) et de la varie lessive… bon, c’est à froid et elle n’essore pas, m’enfin c’est déjà mieux qu’à la mimine.
Il faut reconnaître un certain génie aux africains. Chez nous, on peut donner une « deuxième vie » à une voiture ou autres moyens de locomotion. Je pense que notre bus pour la Zambie doit en être à sa septième vie. Un rapide coup d’œil aux pneus me rassure, ce sont des Michelins, ce qui est d’ailleurs plutôt étonnant. Et pour remplir les coffres du bus, là aussi, ils ont du métier. Quand on pense que c’est plein à craquer, eux ils arrivent à ajouter deux photocopieuses de bureau et nos deux sacs à dos. Il vaut mieux ne rien avoir de fragile. Nous montons. Pour la première fois de notre vie, nous constatons qu’ils ont réussi à mettre des rangées de cinq sièges avec une allée centrale dans un bus de largeur standard. Nous imaginons alors notre chilien ronfleur et son quintal prendre place sur ces fauteuils…et surtout ses voisins ! Nous sommes veinards : nous sommes sur la gauche de l’allée centrale celle à deux sièges. J’ai même de la place pour mes jambes, nous sommes devant. Ce qui implique que pour la première fois également, j’attache ma ceinture...le pare brise me semble bien proche et le trajet bien long.
Ce qui est étonnant, c’est que nous finissons par ne plus remarquer les « détails » qu’on ne verrait pas chez nous, les éléments dépaysant comme on dit. En discutant, nous nous sommes même demandé si le Pérou n’était pas plus dépaysant que l’Afrique. On s’est vite repris. L’homme a cette faculté de passer en acquis les choses nouvelles. Ainsi, tout ce qui nous surprenait au Pérou, nous l’avons intégré dans notre tête comme étant normal maintenant. Et pourtant, un rapide coup d’œil dans le bus et nous trouvons une bonne dizaine de choses que nous ne verrions pas en France. Prenons le chauffeur : sa musique à fond, sa ceinture de sécurité inutile accrochant les toiles d’araignées, son morceau de poulet à la main droite, son coca dans l’autre et une montagne de petits sacs derrière sa tête comme autant de projectiles meurtriers en cas de coup de frein. Mais bizarrement, nous ne ressentons aucune peur particulière. On se sent comme « à la maison », notre retour va nous surprendre.
Nous passons la nuit dans le bus. On ne peut pas vraiment dire que nous avons dormi. A l’aube, nous sommes à la frontière avec la Zambie. On nous dépose à la douane namibienne puis nous parcourons, à pied, les cent mètres de piste défoncée qui fait office de zone neutre entre les deux pays. Nous sommes tout de suite pris d’assaut par les zambiens qui nous proposent de changer nos dollars namibiens contre leur monnaie locale. Ils attendront un prochain pigeon. Nous nous acquittons du visa zambien. Nous avons le droit à une fouille complète de notre bus, y compris de nos bagages. Ce qui permet de s’apercevoir que les passagers du bus ne se déplacent pas sans faire un peu de business. Nous repartons en direction de Livingstone. La route goudronnée passe entre des villages « traditionnels », à base de terre et de huttes. Ce sont nos premiers villages de ce type que nous voyons en Afrique : les clichés ont la vie dure en voyageant. En préparant ce périple, nous pensions en voir beaucoup, comme les films les montrent ou les tours opérateurs les vendent. Je lisais sur un blog la phrase suivante : « certains disent qu’ils font des voyages, en réalité, ce sont les voyages qui nous font ou nous défont ». Même si c’est parfois difficile à accepter, il faut s’y résoudre et se laisser faire, particulièrement en Afrique. Il faut du temps pour le comprendre, du temps pour s’imprégner de ce continent.
La Zambie est un état pauvre dont les multiples guerres civiles ont laissé des traces. Notre arrivée à Livingstone ne dément pas les chiffres officiels. Le business s’installe à chaque coin de rue, nous sommes assaillis par les Zambiens (taxi, artisanat, billet souvenir zimbabwéen ou plus directement de l’argent…) sans pour autant ressentir une quelconque agressivité. Ils prennent souvent le temps de nous poser de nombreuses questions, de nous surprendre avec leur dix mots de français, avant de nous demander un petit quelque chose. Nous nous prenons au jeu pour la discussion. Nous nous installons dans un backpackers pour deux nuits : ses petites huttes disséminées dans un jardin tropical avec une piscine en fait un endroit charmant pour se reposer. Nous tentons de faire quelques courses au supermarché local : les rayons sont à moitié vides et on ne trouve pas vraiment nos produits habituels mais l’essentiel dans cette ville touristique est à peu près présent.
C’est le grand jour. Pour notre huitième mois jour pour jour de voyage, nous allons découvrir les légendaires chutes Victoria. Pour moi, cet endroit me rappelle « Itinéraire d’un enfant gâté » comme les chutes d’Iguazu me rappelaient le film « Mission ». Nous cherchons le moyen le plus économique pour y aller : nous trouvons des mini-bus près du marché central qui partent quand ils sont pleins, vraiment pleins ! La route n’est pas très longue mais nous comprenons à travers quelques mots échangés que nos compagnons de route partent au travail. On imagine qu’ils travaillent pour le parc. Ils nous accompagnent jusqu’à l’entrée des chutes et nous expliquent que nous pouvons passer au retour dans leur magasin d’artisanat. Toujours aussi naïfs après plus de deux mois en Afrique.
Les chutes Victoria font en moyenne un saut de 100 m sur environ deux kilomètres de large. Une grande faille semble s’être ouverte au passage du Zambèze. Nous sommes à l’époque des pleines eaux et c’est à peu près cinq millions de mètres cube d’eau qui se déversent chaque minute. Cette période est de fait très impressionnante même si la visibilité des chutes est bien moins bonne à cause des gouttelettes d’eau qui remontent. En effet, en aval des chutes, le Zambèze se rétrécit pour ne laisser qu’une centaine de mètres de large comme ouverture. Sur le reste de la largeur des chutes, des falaises se sont formées comme de grands remparts que l’eau vient percuter de plein fouet avant de remonter en forme de gouttelettes pour dépasser, en cette période, la hauteur des chutes. Une vision étonnante de deux chutes qui montent et qui descendent s’offre aux spectateurs. Pour les photos, il faut repasser dans quelques mois car ces gouttelettes retombent sur les rives pour arroser les amateurs de clichés. Le spectacle n’en n’est pas moins grandiose même si nous maintenons une préférence pour Iguazu.
Nous passons la journée autour des différents points de vue. Des babouins peu farouches nous accompagnent parfois sur les sentiers au point que nous passons à moins de cinquante centimètre d’un grand male sans qu’il ne daigne bouger. Après la pause déjeuner, nous nous allongeons en amont des chutes pour faire une petite sieste face aux rapides qui se bousculent vers le précipice. C’est aussi l’endroit qu’affectionnent les jeunes zambiens pour venir prendre un bain. Petit à petit, leur nombre augmente pour atteindre la cinquantaine. Ils se mouillent puis se baignent au bord à quelques centimètres d’un courant meurtrier qui en moins de dix secondes les précipiterait cent mètres plus bas. Ils sont heureux et le bonheur de tous ces enfants fait plaisir à voir. Les accompagnateurs ne semblent eux pas très inquiets. Un homme s’assied à côté de nous. Il nous demande d’où l’on vient et nous dit qu’à la même époque l’année d’avant il n’y avait pratiquement pas d’eau. C’est surprenant mais il est convaincant. Il nous dit qu’il a 68 ans et qu’il est né au Zimbabwe : après réflexion, il faisait bien son âge mais l’espérance de vie dans cette région du monde est plutôt de 45 ans. Soit il détient un record, soit il a voulu nous attendrir. Après une bonne dizaine de minutes à discuter de tout et de rien, il finit par nous dire qu’il a besoin d’argent pour manger. Notre conscience dans ces moments là nous pousse à lui donner ce qu’il veut mais ce n’est rendre service à personne : ni aux multiples futurs touristes qui ne pourront faire deux mètres sans être « agresser », ni à ceux qui travaillent en Zambie pour gagner cet argent. Ceci étant, il est gentil et je lui explique que nous aussi nous avons besoin de cet argent pour voyager et quelque part nous ne le gardons pas pour nous mais le donnons à ses compatriotes. Je lui propose finalement de lui échanger un billet zimbabwéen périmé contre un billet zambien de faible valeur. En effet, sur les billets du Zimbabwe, il y a une date de péremption à cause de l’inflation d’environ 100% par jour ! Il accepte et semble avoir compris notre point de vue même si malheureusement il ne pourra pas manger grand-chose avec ce que je lui ai donné.
Nous partons aujourd’hui pour le Botswana et sa ville frontière Kazane. Merci aux zambiens pour leur accueil malgré l’immense écart de niveau de vie entre nous.
Armelle & Flo


1 commentaire:
Bien du plaisir à voir vos "tronches" qui montrent que vous êtes restés les mêmes : en super forme!
Et puis pour le sens développé qu'ont les autochtones à faire du 'business', voilà une citation que j'aime beaucoup et qui vous rassurera peut-être !
"L'homme est un animal qui fait des affaires. Un chien n'échange pas son os contre celui d'un autre."
(Sydney Smith)
Sur ce, je serai au soleil demain et vous envoie plein de fastes rayons bien de chez nous.
Bisous à vous 2.
Edith
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