26 mars 2009

La montagne du dragon

19 mar 2009

Il faut être honnête : nous n’avons pas vu grand-chose de Johannesburg. A part le trajet Formule Inn – Terminal de bus, où nous avions notre cantine attitrée, nous n’avons pas été tenté de pousser un peu plus loin. Même la très touristique visite de Soweto (township où a vécu Nelson Mandela et qui donna naissance aux premières révoltes contre l’apartheid) fut écartée : déambuler dans un quartier très pauvre avec son car sécurisé en prenant quelques photos est une image un peu trop proche de celle du zoo…avec de vrais êtres humains en prime ! Le terminal de bus est lui plutôt très animé (quand il n’y a pas une coupure d’électricité générale) : ses restaurants avec de la musique bien rythmée, sa marée humaine qui se croise entre le métro, les bus et le train ou encore son concert improvisé.

Nous prenons un bus local pour rejoindre Durban. Nous avons écarté la solution des Bazbus pourtant très pratique. Le voyageur paye un ticket Johannesburg – Le Cap et fait autant de stop qu’il veut. Le hic est que ces bus sont uniquement fréquentés par des touristes (pratiques mais plus chers) ce qui ne nous donnait pas la possibilité de faire des rencontres locales. Une illustration choquante à nos yeux : la photo du dépliant montre une centaine de voyageurs tous heureux devant un de ces bus…tous blancs alors que les sud africains voyagent beaucoup dans leur pays (les tarifs doivent y être pour beaucoup). Et justement de rencontre, nous croisons Serge. Il distribue les tickets des bagages ce matin à 8h : 1,95m, deux fois mes épaules, une tête de mec qu’on n’a pas envie de contredire…un regard triste. Il nous sourit, nous lui répondons et quand il voit que nous parlons français, il se lance. Il est camerounais et a immigré en AFS depuis deux ans dans l’espoir de trouver un eldorado et faire vivre un peu sa famille... Perdu, il était boxeur au Cameroun (je confirme qu’il a bien le physique, catégorie Lourd), il est maintenant au terminal de bus de Jo’burg à contrôler l’accès. Il constate amèrement que l’AFS n’est pas mieux que son Cameroun. Plus tard, il vise les pays nordiques voire la Suisse parce que la France c’est trop compliqué même s’il connaît quelques cousins à Lille, Bordeaux… Nous lui parlons de notre périple, il est curieux. Il sourit souvent. Je lui laisse mon adresse mail au cas où… lui est certain que l’on va se revoir, moi je me dis que s’il rejoint Paris, je pourrai déambuler avec lui dans les quartiers les plus chauds sans souci !

Le bus est quasi plein et nous sommes les deux seuls touristes. L’espace entre les sièges est réduit au minimum. Le voyage nous parait plutôt long alors qu’on a fait bien plus long au Chili par exemple. Il fait chaud, les téléphones portables crépitent de partout et les odeurs de nourriture se mêlent au reste. Nous arrivons à Durban en fin de journée. La nuit tombe dans une heure et il faut trouver un hôtel et faire quelques courses. Nous optons pour la solution de facilité en reprenant le Formule 1.

Le lendemain matin, il fait un grand ciel bleu. Nous marchons une petite heure dans le centre de Durban qui nous parait être une ville relativement paisible. Nous passons chez Hertz pour récupérer une Kia grise Picanto (souris) qui va nous accompagner dans la région proche du Drakensberg (montagne du dragon en Afrikaans). Nous faisons 250 kms avant de tomber sur Winterton, petite bourgade aux pieds du Drakensberg. Ici, nous ne trouverons pas de petit hôtel bon marché. Seuls des Bed & Breakfast tenus par des blancs sont possibles : ils sont dans des demeures coloniales magnifiques mais bien au dessus de nos moyens. Nous récupérons l’adresse d’un lodge excentré en pleine campagne. Sa situation au creux des montagnes est idyllique et la propriété est immense. Nous nous installons pour deux nuits chez Ed.

Lever 6h pour randonnée au petit matin, avant les grosses chaleurs. Nous prenons Souris pour effectuer une cinquantaine de kilomètres. La route s’oriente face au Lesotho, mini état enclavé en Afrique du Sud. La chaine du Drakensberg est une frontière naturelle entre ces deux pays et l’escarpement monumental du Giant’s Castle nous fait face : il semble que la terre se soit effondrée le long d’une immense faille. Les nuages se dissipent pour laisser place à un paysage verdoyant (nous sommes à la fin de la saison des pluies). Sur les côtés de la route, de nombreux hommes, femmes et enfants marchent vers on ne sait où. Ils sont matinaux pour profiter des 12 heures de lumière que leur offre le soleil à cette époque. Ils marchent pieds nus et parfois avec leurs sandales à la main. Ils nous font des signes amicaux. Nous passons un centre Emmaüs qui traduit la pauvreté touchant cette région. On est dimanche, les enfants jouent dans la rue et il faut avouer qu’ils ont une trogne plus sympa qu’en Amérique latine. Randonner en Afrique n’est pas simple… Les chemins sont peu empruntés et la végétation reprend très vite ses droits. Nous nous engageons dans un chemin avant de faire demi-tour pour cause de passage de rivière impossible à cette époque (1h aller retour gratos). Nous tentons notre chance sur un second avant de rebrousser chemin, ensevelis sous des hautes herbes de deux mètres. 5 heures après le départ, nous en terminons avec un moral plutôt bon malgré les embuches de nos amis sud africains. Le retour nous permet de constater que la voiture est un luxe ici : nous avons compté une bonne quinzaine de personnes à l’intérieur et à l’extérieur d’une Suzuki dont le pare choc arrière ne faisait plus qu’un avec le sol.

Nous changeons de campement en direction du nord du Drakensberg vers le célèbre amphithéâtre, barrière rocheuse de 1000 m de haut sur une vingtaine de kilomètres de long. Nous nous installons dans un « backpackers » qui ne ressemble en rien à ceux d’Amérique du sud : bungalows en toit de chaume disséminés sur un immense terrain avec une vue magnifique, le tout très bien tenu. Le grand luxe pour nous à un prix très raisonnable. Nous passons le reste de la journée à parcourir les alentours en profitant de ces paysages uniques.

Nouvelle journée de randonnée « légère ». Lever 6h, départ 8h. Nous avons prévu un parcours de 6h dont l’objectif est de se rapprocher au plus près de l’amphithéâtre et en particulier de la cascade de Tugela. Cette chute est la deuxième plus haute du monde avec ses 950 m mais elle n’a bien sûr rien de comparable avec les chutes d’Iguazu puisqu’elle ne fait que quelques mètres de largeur. Nous longeons le canyon de la rivière Tugela dans une nature silencieuse hormis les babouins qui se font de temps en temps entendre. Malgré la chaleur, nous avons un pantalon pour éviter les mauvaises surprises rampantes…et il y en a beaucoup dans le coin. Nous sommes vigilants au moindre bruit à cause de la hauteur des herbes qui nous entourent et de la distance qui nous sépare du premier hôpital. Les passages dans de petites forêts ne sont pas des plus agréables : dans ces sentiers peu empruntés, les araignées de toutes sortes (et de toutes tailles) tissent leur toile en travers du chemin… Nous sommes récompensés de nos efforts avec une vue imprenable sur la cascade et un déjeuner pris au bord de vasques dans le canyon.

Nous rendons Souris aujourd’hui pour nous installer deux nuits dans un backpackers à Durban un peu glauque : immeuble insalubre, cafards à gogos…nous y voilà. Nous partons pour East London (plus à l’ouest) en bus vendredi matin ce qui nous laisse une bonne journée pour flâner dans Durban. Nous remarquons la forte communauté indienne qui vit dans cette ville et un poulet au curry pour déjeuner nous rappelle que les épices de chez nous sont à peine relevées. Nous passons au jardin botanique que l’on peut recommander au voyageur faisant halte à Durban. En particulier, sa maison de l’orchidée vaut le détour !

Armelle & Flo





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