30 Jan 09
Ah les missions jésuites d’Amérique du Sud… beaucoup de bons mais il ne faut pas oublier le côté sombre. Le film « mission » résume parfaitement l’ambigüité de ces enclaves. Revenons en arrière… Un des objectifs de la colonisation espagnole dans cette région était d’évangéliser la population indigène. La compagnie de Jésus fonda 30 cités aujourd’hui réparties sur trois pays : Paraguay, Argentine et Brésil. Les missions permettaient aux autochtones d’éviter l’esclavage tout en conservant leurs traditions : les jésuites avaient bien compris qu’ils avaient tout intérêt à conserver le socle des arts et cultures indigènes afin de les convaincre plus facilement de se tourner vers Dieu. Tout ce petit monde vécut de longues et belles années ensemble… avant que le roi d’Espagne estime que les jésuites prenaient bien trop d’importance à son gout et décide de fermer les missions. San Ignacio Mini (la plus connue) fut construite en 1696 et abandonnée en 1768 après avoir longtemps résisté à l’ordre d’expulsion. Ce fut un drame pour les amérindiens, qu’on avait extrait brutalement de leur jungle afin de les habituer à une société « occidentale » : la dernière génération ne pouvait revenir à ses racines (n’ayant jamais vécu dans la jungle), la plupart se dirigèrent alors vers les grandes villes pour grossir le rang des mendiants et des pauvres.
160 kilomètres tout au plus pour la journée, une étape bien tranquille. Nous redescendons vers le sud et retraversons la région des missions. La route, toujours vallonnée, la terre rouge due à sa forte concentration en fer et le vert des forêts de conifères sont une agréable promenade. De vastes champs de culture d’herbe à maté (les infusions de la région) occupent aussi le paysage. Nous faisons une halte au village de Montecarlo et visitons le parc public Vortisch dans lequel figure le labyrinthe végétal le plus grand d’Amérique du Sud (3100m², on a un vrai doute !), quelque peu décevant. Mais nous en profitons pour nous balader dans le parc qui célèbre une fois par an, au mois d’octobre, la fête nationale de la fleur d’orchidée. Cette plante parasite est une sorte d’emblème de la région. Tout cela nous conduit à visiter un « orquideario », un jardin écomusée chez un particulier dans lequel d’innombrables variétés d’orchidées prospèrent. Il nous explique comment faire des boutures sur les branches de mandariniers, les fleuraisons et la rareté des pieds dont il dispose. Il est passionné par son travail et nous fait partager son enthousiasme. Seules une petite dizaine de variétés sont en fleurs à cette époque de l’année et les orchidées que nous voyons sont bien différentes de celles que l’on connaît. Leurs fleurs sont petites, tachetées léopard ou jaunes orangées. Un vrai régal pour les yeux.
Nous voilà désormais à San Ignacio et ses ruines constituent les plus impressionnants vestiges de toutes les anciennes « reducciones » de la région y compris celles du Paraguay. Originellement située au Brésil, la mission a été délocalisée (pour éviter les attaques incessantes) à San Ignacio Mini. Ici, les ruines de pierres rouges du pays surgissent au milieu d’une clairière. Le temps a passé et la nature a pris le pas sur l’œuvre humaine. Certaines pierres sont englouties sous des lianes et des arbres centenaires gisent au milieu des anciennes habitations. Tout ceci donne un caractère sauvage à ce paysage. L’on distingue encore parfaitement les différents quartiers. A l’entrée sont situées les viviendas (habitations) qui aboutissent à la place carrée centrale de la mission. L’église avec sa porte joliment ornée et bien préservée, est l’élément central qui domine cette place. Juxtaposés à l’église, le cimetière et l’hôpital d’un côté et le cloître de l’autre. Tout est ordonné avec précision, comme dans toutes les missions. Nous prenons notre temps pour faire le tour de ces pierres qui témoignent d’une époque marquante de l’Argentine mais aussi du Brésil et du Paraguay. Il y a peu de visiteurs dans ce site et nous nous y sentons vraiment bien, au calme. Nous allons même jusqu’à pousser le roupillon à l’ombre d’un arbre sous une chaleur de plomb dans un cadre majestueux. Nous finissons d’apprécier le spectacle, la nuit tombée, en assistant à l’évènement du village, un « Luz y Musica » (traduire un son et lumière) dans l’enceinte des ruines. On s’attend à un spectacle éblouissant. Et au final on est ravi. Non pas du côté pyrotechnique car en réalité il s’agissait seulement de l’éclairage des ruines avec un CD en arrière fond mais de l’atmosphère. Nous sommes peu nombreux à déambuler dans le parc, la nuit est chaude, le ciel particulièrement étoilé et le chant des cigales a laissé place à celui des grillons. Nous avançons par l’allée centrale éclairée à la torche jusqu’à arriver à la place centrale. Toutes les ruines et le parc sont éclairés faisant ressortir la couleur orangée des pierres. Un instant l’envie de se remarier dans un endroit comme celui-ci fait surface tellement l’ambiance est féerique mais on épargnera une nouvelle idée saugrenue à nos familles ! Nous restons une petite heure avant que les projecteurs ne s’éteignent d’eux-mêmes : nous sommes, une fois de plus, heureux.
Nous quittons San Ignacio et la région des missions pour rejoindre Cordoba, deux jours de route. Nous devons rendre Cerise lundi soir avec une certaine émotion tout de même. Cette voiture nous a permis de jouir d’une totale liberté et d’atteindre des lieux inaccessibles en bus. Nous avons parcourus 7000 kms, traversé le pays d’est en ouest et vu, encore une fois, des choses incroyables. Ce soir, nous avons le sentiment étrange que l’heure de la fin des vacances a sonné. En se séparant de Cerise on sent que l’on va bientôt quitter l’Argentine et donc l’Amérique du Sud en quelque sorte, une grande étape de notre voyage. Et à la fois, c’est comme lorsqu’on se réveille un samedi matin en sursaut à 8h en jurant d’être en retard pour aller bosser et ce plaisir que l’on a de se rendormir en se disant que ce n’est que le début du WE. Aujourd’hui, c’est un peu la même chose… il nous reste encore sept mois de plaisirs et de découvertes.
Mais pour l’heure, nous partons à l’assaut de Buenos Aires, de ses quartiers et ses cours de tangos et autres surprises où nous comptons passer une petite semaine.
Armelle & Flo
2 févr. 2009
Mission
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1 commentaire:
Nous, le samedi, on se lève à 8h (quand ce n'est pas 7h30) ; on sait qu'on va pas bosser ; mais on se dit pas qu'on se recouche !! On se dit qu'on entame une bonne journée "qui n'en veut" avec tous ces petits plaisirs et ces excitations du we !! Bref, on a signé, c'est pour en chier !! Allez, carpe diem à tous les 2. On vous bise bien baveux !
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