1er jan 2009
Une heure du mat, nous arrivons au terminal de bus d’El Calafate. Fatigués par le voyage, pas d’hôtel réservé, nous décidons de passer la nuit au terminal de bus, par terre comme deux SDF. Pas très confortable mais vite fait et économique. Cela nous évoque notre départ précipité avec Jaaf vers les Cyclades à Roissy. La nuit est courte entre le bruit des départs et des arrivées et un policier qui nous demande ce qu’on fait là...
La journée suivante est consacrée à notre expédition sur le Perito Moreno, glacier accessible à proximité d’El Calafate. Nous désirons faire le trek « big ice », une marche de quatre heures à même le glacier. Seulement voilà, nous sommes en pleine saison et aucune disponibilité pour cette excursion avant cinq jours. Un peu déçus, nous partons quand même en direction du glacier simplement pour le voir. Le bus de la matinée étant déjà parti, nous décidons de parcourir les 75 kms en stop. Nous marchons jusqu’à la sortie de la ville et attendons, un peu désespérés (et fatigués) dans le vent glacial qui souffle en rafale, près d’une heure et demie, sans qu’aucune voiture ne daigne s’arrêter. Miracle, deux gars des iles Canaris viennent à notre secours, eux ont pris l’option de la voiture de location. En conclusion, le stop n’est pas très pratiqué en Argentine (ou tout au moins dans ce coin) et nous ne pouvons compter que sur les étrangers pour nous avancer.
Nous arrivons au pied du Perito Moreno, ébahis par cette merveille naturelle. Un glacier haut de près de 60m et qui s’étend sur des kilomètres, venant lécher le bout de terre duquel on l’observe pendant plus de deux heures. C’est la troisième plus grande réserve d’eau douce au monde (après l’Antarctique et le Groenland) et un des seuls glaciers en expansion. Des passerelles permettent de le voir de très près. Sa robe blanche est parsemée de cavités bleues dont la teinte change avec la luminosité. Sa façade toute droite est ciselée sur l’arrête comme des rangs de soldats partis au combat. Nous entendons le vacarme vrombissant des hostilités, des premières lignes sacrifiées au lac en contrebas provoquant ainsi un mini raz de marée. La scène est spectaculaire et réjouit tous les visiteurs. Nous poussons notre plaisir (et profitons ainsi du cadeau de Noël de Mâm et Jojo) à chatouiller les falaises du glacier en bateau. Petite promenade touristique mais magnifique. La dernière embarcation de la journée nous permet d’être seuls sur le lac, « face à la bête » et il parait d’autant plus impressionnant. Nous le parcourons dans un sens et dans l’autre à guetter la chute du glaçon comme deux gamins. Nous sommes enchantés de cette expérience et admiratifs de cette beauté sauvage. Le retour sur El Calafate se fait dans les mêmes conditions qu’à l’aller puisque notre paire de canariens nous propose de nous ramener, occasion sur laquelle nous sautons !
Nous sommes à l’heure pour prendre notre bus de 20h en direction d’El Chalten, petit village à l’entrée du parc national Los Glaciares pour faire un petit trek de deux jours autour du massif du Fitz Roy. Notre bus sillonne pendant quatre heures la pampa (vastes étendues de terre non cultivées couleur or parsemées de valons) et les estancias (très grandes propriétés privées gérant quelques milliers de tête de bétails). Peu avant le coucher du soleil nous faisons une halte dans une auberge qui sert de pause diner. Hormis les tartes et gâteaux faits maison qui sont proposés, errent dans le jardin deux jeunes chatons, un bébé guanaco, un petit poney, une biquette et quelques dizaines de poussins. Nous délaissons les friandises et préférons aller jouer avec cette marmaille le temps de la pause.
Nous arrivons à minuit dans ce village où tous les hôtels, hospedaje, auberges sont pris d’assaut. Après une heure à courir dans tous les sens sans succès, nous décidons de planter la tente dans un camping organisé chez l’habitant. Ce village doit contenir 200 habitants environ et l’on décompte 50 hôtels, autant de restos et un nombre étonnant de magasins souvenirs. Bref, tout est fait pour le touriste et tout est hors de prix, une fois de plus ! La nuit est courte, froide et pas davantage confortable que la précédente. Nous n’avons quasiment pas fermé l’œil à cause du vent qui a soufflé fort toute la nuit.
Au réveil, nous sommes surpris par un grand ciel bleu. Nous plions, rangeons et partons. Etonnamment, le ciel vient de changer de couleur. Nous n’apercevons plus les montagnes aux alentours tant le brouillard et la pluie sont intenses. Craignant toujours autant d’être mouillés, nous nous abritons une demi-heure pour analyse de la situation météo. En Patagonie, les conditions météo sont très instables et variables. C’est une région où avec un ciel bleu au dessus de la tête, on reçoit la pluie à l’horizontale provenant de nuages présents dix kilomètres plus loin. Un effet bénéfique de ce vent constant : le linge sèche alors même qu’il pleut. Une éclaircie entre deux gouttes, nous reprenons le chemin de nos aventures en espérant que çà dure. C’est la bonne décision. Nous profitons de la journée. La randonnée vers le Cerro Torre est tranquille. Nous arrivons de bonne heure au campement planté au pied du Fitz Roy. Majestueux, sa cime sous les nuages. Il a été gravi pour la première fois par l'alpiniste français Lionel Terray en 1952. En dépit de sa faible altitude (3405 m), cette montagne est réputée comme étant la plus dure du monde. Le granite très compact requiert un haut niveau d'escalade et les conditions climatiques sont généralement extrêmes. De nos jours, des centaines de personnes peuvent escalader l'Everest le même jour alors que le cerro Fitz Roy ne sera grimpé qu'une fois dans l'année. Nous montons la tente et l’entourons de bois pour la protéger un peu des rafales de vent. Nous nous couchons tôt en prévision du réveil de bonne heure pour aller voir le lever du soleil sur le Fitz Roy. Mon Roudoudou s’enroule dans la couverture de survie pour avoir plus chaud (son duvet n’est pas adapté à ces conditions) : mauvais choix, la chaleur du corps est bien emprisonné mais se transforme en humidité. Le sac de couchage est détrempé à 1h du matin.
2h30, réveil. Nous n’avons dormi que quelques heures. Il a plu une bonne partie de la nuit. Une brève sortie pour une analyse météo : quelques étoiles dans le ciel, des nuages sur notre objectif mais pas de pluie. La décision est prise, c’est maintenant ou jamais. 3h45 nous partons. Il fait nuit noire, la lune doit être derrière les nuages. Flo en tête, avec notre petite lampe de poche d’amateurs, ouvre le chemin que l’on avait repéré la veille. Nous en avons pour une heure et demie d’ascension environ. La nuit, les sensations ne sont pas les mêmes et la montée se fait très bien, sans réelle difficulté mais avec quelques gouttes tout de même. 5h, nous arrivons au mirador, au pied de la lagune qui récupère les eaux du glacier en écharpe autour du Fitz Roy. Le soleil n’est pas encore levé mais l’aube rosit déjà les nuages. Nous nous installons à l’abri d’un rocher, il fait froid, très froid et le vent redouble d’intensité. Quelques flocons viennent compléter le tableau. Nous attendons. 5h45 les premières lueurs du soleil viennent éclairer la cime du Fitz Roy et en instant il se dévoile sous nos yeux prenant de magnifiques couleurs orangées. Nous observons, frigorifiés, cette déclinaison de tons rougeoyants. C’est fabuleux ! Nous avons la chance de le voir en entier avec des coins de ciel bleu électrique. Le soleil ne saura pas trop généreux, nous redescendons à 6h30 avant l’arrivée de la pluie. De retour au campement, nous plions bagages en direction d’El Chalten. Nous arrivons au village trois heures plus tard, fin de notre mini trek. Nous passons le reste de la journée à lutter contre le sommeil en attendant notre bus de 18h pour notre retour vers El Calafate où cette fois ci, nous avions pris la précaution de réserver une chambre, une vraie ! Une vraie nuit de sommeil nous fait le plus grand bien.
Nous passons la journée de lundi à préparer la suite de notre voyage avant de partir en fin d’après midi pour Comodoro Rivadavia, à proximité de la péninsule Valdez où nous espérons passer quelques jours avec les pingouins. Le but est de « fuir » la horde de touriste de la péninsule Valdez : nous trouvons un petit village plus au sud avec sa réserve naturelle peu connue. Les 15h de bus se passent entre climatisation à fond et chauffage par intermittence. Nous guettons l’angine qui va nous tomber dessus à coup sûr ! A notre arrivée à Comodoro, nous faisons un ravitaillement alimentaire à Carrefour (si si) entre deux bus. Puis nous embarquons à 11h en direction de Rawson. Deux heures plus tard le chauffeur fait une halte spéciale pour nous et nous dépose au croisement avec la route de Camarones, petit village de 1500 habitants et notre point de chute de la journée qui est encore à 80 kms. Nous nous postons et attendons la voiture qui voudra bien nous y conduire. L’endroit est plutôt désert et les deux seuls véhicules passés en ½ heure ne s’arrêtent pas. Heureusement un 4X4 a pitié de nous. Demain, nous partons à l’aventure de la pingouira, réserve naturelle à 20kms du village et espérons pouvoir y faire un peu de camping sauvage au milieu des pingouins.
Armelle & Flo


7 janv. 2009
Moreno & Roy
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6 commentaires:
OUAHOO ! Récit, photos, défis en tous genres, sont encore au RdV pour notre grand plaisir (partagé avec le vôtre !). Bravo. Bisous
signé Edith !!!
Magnifiques photos....mais impossible d'ouvrir la 1ère ???
Bisous...
Le Fitz Roy en feu au crépuscule du matin, voila quelque chose d'inouï !
Votre collection de photo devient de plus en plus extraordinaire et m'émerveille.
quelques minutes d'évasion en lisant votre récit et en regardant vos photos, du pur bonheur!
bisous!!!
Adeline
magnifiques photos ,je ne m'imaginait pas qu'il pleuve autant àcette latitude;nous partons demain à Fontainebleau;biz
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