10 juin 2009

Objectif Moz

03 Juin 09

Notre problème de logement vient de se régler en un claquement de doigts. Cédric, le patron du restaurant « The rendez vous », vient de nous inviter chez lui pour deux jours. Gênés par tant de spontanéité nous acceptons volontiers cette proposition. Il faut dire que son franc parlé nous a convaincu. Nous dégustons notre repas plus sereins. Nous nous débarrassons de notre voiture de location en fin d’après midi. Nous voilà redevenus piétons.

Cédric s’est installé à Maun avec sa femme Murielle et leur petit garçon Maxime depuis près de 18 mois. Ce couple franco suisse est étonnant. Passionnés d’Afrique, ils ont décidé un changement radical de vie en quittant le Doux, où ils tenaient un club d’ULM, pour venir s’installer au Botswana. Voilà 15 mois ils ont ouvert un coffee shop et maintenant un restaurant à la carte française à Maun. Ils ont été rejoints par le frère de Murielle, restaurateur de profession, pour un petit coup de main au développement de ce beau pari. Celui-ci a également pris un nouveaux départ en se mariant avec une botswanaise d’origine congolaise. Près d’une dizaine d’employés font tourner la boutique.
Nous sommes très impressionnés et admiratifs par ce genre de challenge. Ils ont fait le choix de partir vers l’inconnu sans savoir ce qu’ils y trouveraient, de prendre des risques, de vivre le jour présent pleinement. Bien sûr, l’enjeu n’était pas économique (car il est difficile de faire fortune, au sens européen du terme, avec un restaurant au Botswana) mais leur objectif n’était pas là. Aujourd’hui, ils sont sereins et très heureux de la vie qu’ils mènent tous les trois. Leur pari est réussi même s’ils ont du contourner bon nombre de difficultés pour l’atteindre.

Nous passons donc deux jours à vivre leur quotidien et à partager leurs soirées. Nous les accompagnons le matin au restaurant. Murielle a eu la bonne idée (après avoir rencontré quelques galères à leur arrivée avec les connexions internet) de proposer le wifi gratuitement dans leur coffee shop. Très ingénieux et pratique, quand on sait combien il est difficile de se connecter dans ce pays. Nous profitons de l’occasion pour mettre à jour nos affaires (blog, mails, suite de voyage, gestion de notre virus et tout le reste). Nous nous faisons également plaisir à diner français : canard aux framboises, dorade aux petits légumes, mousse au chocolat et crème brulée, autant de saveurs qui excitent nos papilles.

Cédric et Murielle nous en apprennent beaucoup sur les règles de vie au Botswana : l’accession à la propriété, comment avoir de l’électricité, la règle des « trois P » (politesse, patience, persévérance), le schéma familial local, la gestion des déchets mais aussi les relations avec les blancs et les noirs et les autres difficultés pour gérer ou simplement décorer un commerce. Tout pourrait sembler facile en Afrique à condition d’avoir le temps et d’avoir perdu sa montre mais il s’avère que c’est un casse tête de chaque instant.

Cette petite famille est également passionnée d’animaux. Pas moins de six chiens et deux chats vivent avec eux. En plus d’accueillir des gars comme nous, un peu paumés le temps d’une soirée, ils n’hésitent pas à recueillir les chiens errants du quartier. Leur maison, à quelques kilomètres du centre de Maun, perdue en plein bush au milieu des huttes botswanaises, est vraiment la maison du bonheur.

Ce matin, nous prenons le bus en direction de Gaborone, la capitale. Cédric, très gentiment, nous accompagne au bus à 5h30. Le trajet est long mais la musique à la fois locale et internationale est excellente. Une fois de plus, le bus possède des rangées de cinq sièges où le passage de l’hôtesse (qui doit bien peser un demi-buffle mais charmante) ne laisse pas mon épaule indifférente… impossible de s’assoupir. A l’arrivée, 1000 kms plus au sud, Muya, le chauffeur privé de la belle sœur congolaise, nous attend pour nous mener dans un hôtel qu’il nous aura trouvé. C’est tellement agréable de rencontrer des gens comme cela qui nous font profiter de tous leurs bons plans. Encore un grand merci à eux pour leur accueil et leur aide précieuse

17h00 nous voilà à Gaborone, installés pour deux nuits dans un appart hôtel avec kitchenette, serviettes de toilette et téléphone dans la chambre. Un grand luxe pour nous que nous apprécions avec beaucoup de plaisir.

Nous venons de passer dix sept nuits consécutives à camper au Botswana et çà aura été les nuits les plus éprouvantes de notre existence mais à la fois les plus intenses en sensations. Nous avons eu l’oreille tendue toutes les nuits au moindre pas de hèyenes, d’hippos et d’éléphants pour ne pas se retrouver écrasés comme des crêpes ou dégustés en petit déjeuner. Mais cette expérience sauvage aura été fabuleuse. Nous nous apprêtons à quitter le Botswana pour rejoindre le Mozambique via Pretoria.

Le premier bus nous mène à Pretoria en Afrique du Sud. Le voyage est plus confortable avec les compagnies sud africaines et le passage de frontière se fait sans aucun souci. Nous avons des petites sueurs froides en fin de trajet quand nous remarquons que le bus se traine dans les montées et mieux s’arrête en plein milieu de l’une d’elles : pas assez de puissance. Il finit par s’en sortir, par miracle comme il dise ici.

Nous arrivons en fin de journée. Nous cherchons un billet de bus pour Maputo mais toutes les compagnies refusent. Ils ont pourtant de la place mais pour la première fois dans notre périple, ils nous demandent d’obtenir le visa mozambicain avant de passer la frontière. Il parait que c’est plus simple à Pretoria qu’au poste frontière… On veut bien les croire, d’autant qu’on n’a pas le choix. La nuit approchant, nous prenons le premier hôtel venu qui est cher et possède des chambres froides et humides. C’est bientôt l’hiver et il fait gris à Pretoria. Cela fait bien longtemps que nous n’avons pas eu un peu froid durant la journée. Nous sommes dimanche et une messe est célébrée dans la salle du restaurant de l’hôtel, reconvertie en église pour l’occasion. La musique du type « Gospel » résonne dans tout l’immeuble, les prêtres chantent et les fidèles se déhanchent en levant les mains au ciel. La ferveur est impressionnante et nous prend aux tripes. Ca donne envie de se joindre à eux mais nous ne voulons pas les gêner… on serait les seuls blancs et surtout tellement novices. En tous les cas, ils doivent trouver ça très ennuyeux d’assister à une messe en occident.

Le lendemain, réveil tôt pour aller chercher notre visa à l’ambassade du Mozambique. Nous cherchons sur internet l’adresse. Ce n’est pas trop loin du centre, à environ quatre kilomètres. Nous partons à l’assaut des rues de la capitale sous un ciel grisonnant avec un plan imprimé de google. Le reste de la journée est un exemple de la difficulté de voyager en Afrique.

Nous empruntons plutôt les grandes artères même si l’ambiance à Pretoria semble moins tendue qu’à Jo’burg. L’autre mission de la journée est de changer nos travellers chèques car notre carte visa est momentanément bloquée (enfin nous l’espérons). En route, nous passons par une première banque qui nous prie de l’excuser mais le change ne fonctionne pas aujourd’hui. Un peu plus loin, nous en trouvons une autre : nous tombons sur une nana qui n’a pas vraiment envie de bosser et lorsqu’on lui demande de nous donner des dollars contre les travellers, elle nous explique que c’est impossible car la personne qui possède la clé du coffre des dollars n’est pas là... On décide d’essayer ailleurs. Nous arrivons, après une bonne heure de marche, à l’adresse de l’ambassade indiquée sur internet. Il n’y a aucun drapeau, aucun écriteau officiel. Nous sonnons : une personne entrouvre sa fenêtre pour nous dire que ce n’est pas vraiment l’ambassade du Mozambique ici. Normal. Il fallait s’y attendre en même temps. Nous demandons au commerce du coin si par hasard il saurait où se situe cette fameuse ambassade. Il nous indique un point sur le plan à un kilomètre d’ici. Nous reprenons nos gambettes et la route nous fait passer par le palais du gouvernement, surplombant la ville : le palais et le parc sont plutôt sympas mais la ville n’est vraiment pas jolie. Nous atteignons le point indiqué sur la carte…pas de chance, aucune trace de l’ambassade. Nous demandons à un garde du palais : il nous indique un énième emplacement à quelques pâtés de maisons. Au miracle, celui là est le bon. Nous rentrons et nous demandons avec la plus grande politesse et le plus grand respect du à leur rang (on n’a pas vraiment envie d’y passer dix jours) s’il est possible d’avoir deux visas. On nous indique deux chaises pour remplir le formulaire : pas de souci, c’est fait en cinq minutes. Nous lui transmettons le tout avec nos passeports. Quand nous la voyons plier le formulaire en deux et le mettre dans nos passeports, nous comprenons que la journée n’est pas finie. En effet, elle nous transmet un morceau de papier sur lequel sont indiquées les coordonnées bancaires de l’ambassade. Elle ajoute que nous devons faire un virement de 120€ pour les deux visas sur ce compte et revenir à 14h30 récupérer nos passeports… En dehors de l’inflation « extraordinaire » du prix du visa (sur le site du ministère des affaires étrangères, il parle de 20€ par personne), je lui demande s’il suffit de se présenter à une banque FNB avec ce bout de papier. Elle acquiesce sans vraiment comprendre où est le problème. Nous en voyons pourtant trois : nous devons nous retaper sept kilomètres aller retour pour passer à la FNB et revenir chercher nos passeports, nous sommes sans papier durant ces quelques heures et laissons nos passeports à une ambassade d’un pays corrompu et enfin les prix des visas ont triplé sans aucun justificatif. Et pourtant, nous nous exécutons sans râler : de toute manière, on sent bien que si ça ne nous va pas, on peut rester à Pretoria un mois de plus. Nous partons en direction de la FNB, en se disant que ça sera l’occasion de changer nos travellers. Puis en réfléchissant, sans passeport, pas de change…on a tout gagné, il faudra y revenir après avoir récupéré les passeports ! Nous arrivons à destination et commençons l’attente d’une petite demi-heure. Nous présentons le papier au guichet qui ne semble au courant de rien du tout mais qui est prêt à encaisser l’argent sur l’un de ses comptes. Nous lui présentons notre carte de crédit… qu’elle refuse, « nous n’acceptons pas les mastercard … Vous avez un distributeur pas très loin ». Nous y allons, retirons l’argent et revenons pour payer en lui demandant évidemment un reçu. Nous retournons à l’hôtel en s’excusant pour le retard car nous devions libérer la chambre avant 10h. On tombe sur un mec sympa qui nous dit qu’on peut même la garder l’après midi pour entreposer nos sacs à dos. Nous déjeunons en vitesse et repartons vers l’ambassade, entre les gouttes. Nous arrivons à 14h40 et… les passeports sont prêts. On rêve. On vérifie bien que ce sont les nôtres et on repart en vitesse. Visa réglé ! Maintenant, direction la FNB pour changer les travellers. Nous commençons une nouvelle file d’attente à 14h50 pour entendre dire à 15h30 que les bureaux ferment… On n’a pas eu le temps de grogner que les trois blacks avant nous lèvent le ton pour contester cette procédure inadmissible. Ils iront jusqu’à faire sortir le manager, un blanc tout chétif, qui donnera l’air d’un petit canari entourés par trois buffles. Il ne cherche même pas à se défendre, il regarde ses pompes. Ils finissent par obtenir gain de cause et lorsque notre tour arrive, on nous indique que pour faire du change, c’est fermé depuis 15h. J’avoue alors que mon regard a du faire passer un peu plus que du respect… Nous lui expliquons bien clairement que nous ne repartirons pas d’ici sans avoir changé nos travellers. L’hôtesse trouve une solution en appelant directement american express. Malheureusement, nous obtenons encore une fois que des rands et pas des dollars. Nous sortons de la banque une heure trente après y être entrés et nous dirigeons vers un bureau de change pour récupérer des dollars. Ils veulent bien changer nos rands en dollars à condition qu’on leur prouve qu’on sorte du territoire avec un billet d’avion. Nous leur expliquons que nous voyageons plusieurs mois et que ça va être difficile de produire ce justificatif, mais rien à faire. Finalement, un employé, un peu plus futé, finit par comprendre la situation et accepte de nous faire le change. Change des travellers réglé ! Il est 17h, nous pressons le pas pour rentrer. Nous passons par la compagnie de bus et soulagement, il leur reste deux places pour cette nuit. Nous récupérons nos affaires à l’hôtel et rendons la clé…à une personne différente de celle que nous avions vue à midi. Elle nous demande de payer 20€ pour avoir gardé les clés l’après midi. Nous devons une nouvelle fois nous expliquer, elle ne veut rien entendre en arguant qu’elle ne connaît pas l’homme dont on parle. Seulement, l’homme en question pointe sa truffe et nous sommes tout heureux de le voir. Il confirme notre version, ce qui a le don d’énerver encore plus la dame. Nous les laissons s’expliquer et partons vers un restaurant auprès duquel nous nous étions assurés qu’il était possible de diner à 18h30. Nous poussons la porte pour nous entendre dire que la cuisine est fermée depuis une demi-heure. Il est désolé… Nous finirons par diner dans un fast food.

Fin d’une journée marathon, finalement banale et représentative du quotidien de voyageur en Afrique. Pour obtenir un visa et changer des travellers, nous avons commencé notre journée à 7h30 pour la finir à 19h et parcouru environ une quinzaine de bornes dans Pretoria. Ce qui nous a permis de constater que peu de blancs habitaient au centre et que ça ne méritait pas vraiment le détour.

Avant de partir, nous faisons la connaissance, dans un cyber café, d’un camerounais qui a repris ce business il y a quelques mois. Il vit en Afrique du Sud depuis 9 ans et trouve que les locaux sont des gros fainéants et attendent les bras croisés l’aide de l’état (on en connaît chez nous qui doivent avoir du sang sud africain…). Comme Serge, le camerounais que nous avions vu à notre arrivée à Jo’burg, il nous confirme que beaucoup de compatriotes viennent en Afrique du Sud pour trouver du boulot : avant, c’était la France mais ça devient trop difficile d’obtenir un visa. Il est attachant et nous regrettons de devoir partir cette nuit pour ne pas faire plus ample connaissance.

Nous partons à 20h30 en direction de la capitale du Mozambique, Maputo. Le passage de frontière se fait sans aucun problème. Nous remarquons qu’il y a deux manières de passer la douane côté Mozambique : un passeport en règle ou un billet glissé discrètement aux autorités. Le billet permettant en plus de ne pas être fouillé. Bienvenue au Mozambique, pays trop pauvre pour combattre la corruption. Notre arrivée aux abords de Maputo ne fait qu’accentuer l’impression d’être dans un pays du tiers monde : ce sont de véritables bidonvilles, surement bien pire que ceux déjà entrevus au Pérou ou en Bolivie. Des enfants, pour certains mutilés, jouent près de leur « maison » dans la terre au milieu de déchets en tout genre. A noter qu’officiellement, il reste environ 200000 mines anti-personnelles encore enfouies en Mozambique, vestiges de 15 années ininterrompues de guerre civile. Le centre de Maputo n’est pas vraiment plus reluisant avec ses trottoirs défoncés, ses barres d’immeubles qui menacent de s’écrouler et ses commerces faiblement approvisionnés. Nous nous installons dans un quartier qui fait encore illusion, proche des ministères.

Pour finir, nous avons nos billets retour ! Nous revenons dans notre bonne « vieille » France le 29/08 au petit matin. Mais nous ne partons plus de Nairobi au Kenya comme prévu initialement, notre décollage se fera de Lilongwe, capitale… du Malawi. Nous avons changé le programme final en prévoyant un mois au Malawi plutôt qu’au Kenya qui ne nous semblait pas adapté à notre « voyage sac à dos » et en même temps très similaire à la Tanzanie. Beaucoup d’africains nous ont conseillé ce pays peu connu et nous avons hâte de le découvrir sans aucune autre information pour le moment. L’Afrique déteint sur nous : le présent vaut d’être vécu pleinement, les plans futurs pour être modifiés.

Armelle & Flo



3 commentaires:

Veroby a dit…

Bien que muette depuis quelques, je reste sur votre piste, suspendue à chacune de vos émotions. Vous êtes de plus en plus prolixes, vos descriptions de plus en plus fouillées et vivantes.
Et je passe alors une bonne soirée à vous rattraper et pour ne pas repartir trop HS au boulot le lendemain, je me dis que le petit message sera pour demain soir ... Ce soir, je ne reporte plus à demain pour vous envoyer un petit bonjour.
Si les premiers froids arrivent au Mozambique, le printemps se prolonge ici avec la pluie mais l'espoir prochain d'un très beau temps.
Et vous arriverez au plus chaud de l'été.
D'ici là, partez encore dans de nouvelles aventures et passionnez-nous.
Bons baisers de Paris

Gazetta et Hector a dit…

Nous concevons votre soif de l'inconnu... l'une des rares qui ne se soigne pas avec du rosé...

Quant à l'Afrique,en dehors des 3 P....la règle de vie est donc la fatalité en sachant qu'on n'est jamais à l'abri d'une surprise : une hôtesse " Botéro" , des gens sympathiques et accueillants ,mais aussi... des fonctionnaires zélés ,avenants... et compétents!!!

Merci pour ces bons moments d'hilarité .

ririninick a dit…

je vais me documenter sur le Malawi.votre prose est fort instructive;nous constatons que les Aricains du Sud lisent Courteline!Heureusement,il existent des gens "bien" ,vos francomtois du Doubs.bisous.